‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 4 sur 230 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

LE G H E xM I N .

LA MACHINE ET l'eSPRIT.

'OME est déjà sur le chemin qui mène à Rome : le parfum de Rome s'épanche dès que le cher voyage est résolu. Je vais h Rome! cela ne se dit pas comme s'il s'agissait d'aller ailleurs-, la voix prend un autre accent. Sur la route, l'esprit reçoit d'autres impressions.

Nous voilà partis, pleins d'allégresse, chargés des vœux de nos amis et de nos proches, ambassadeurs de la tendresse chrétienne auprès des saints que nous implorerons sur leurs tombeaux. Nous allons vers le soleil, vers la prière, vers la liberté.

De telles joies mériteraient d'être achetées d'un peu de peine. Autrefois, le pèlerin cheminait de clocher en clocher, chantant des cantiques, examinant son cœur. Souvent il demandait à la charité son gîte et son pain.

Ils étaient bien maîtres d'eux-mêmes, ces hommes d'autrefois, et bien maîtres du temps ! Ils possédaient le temps, ils le prodiguaient. Ils donnaient du temps à la prière, à Tétude, au loisir. Assez riches de temps pour voyager à pied 1

Nous, heureux de ce bel âge, ménageons notre temps. On dit en langue dWmérique : Le temps est de l'arirent ! Dévorons la route, afin de revenir plus vite au travail, aux atfaires, à la fouille de Targent.

On nous accroche à la locomotive. Non, je ne saurais louer cette machine violente ! Jamais je n'aimerai sa fumée, ses hurlements, son brutal trajet à travers la terre déchirée. Jamais je ne verrai d'un œil content les automates uniformes qui servent le monstre.

Je hais sa rapidité. Cette rapidité m'ôte le désir et me laisse Timpatience. Il me déplaît d'être ainsi pressé, d'être aux ordres du sifflet, de ne voir par-

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