‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 40 sur 230 · LA PAIX A ROME. I :> D · texte numérisé non relu

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pliaient. Charleniagne en fonda vingt-quatre, et le chant des louanges divines retentissait partout, la lumière de Tétude s'allumait partout. On se pressait d'ensemencer la terre de christianisme, comme par pressentiment des mauvais jours qui allaient venir. Les grands de Charlemagne déposaient leurs épées qui étaient presque des sceptres, et prenaient l'habit monastique. « Si les monastères n'avaient pas été semés sur le sol, dit Macaulay, la société européenne n'aurait consisté qu'en bêtes de somme et en bêtes de proie. »

A Rome, depuis Adrien I^"" jusqu'à Léon IV, malgré les troubles de l'Empire, la paix dura près d'un siècle. Durant cette époque, sous la tutelle du Saint-Siège, se forma la nouvelle Italie. La population augmenta, les arts fleurirent. Mais il v a dans l'humanité un esprit destructeur de l'humanité : il lui fait haïr les voies de l'ordre, hors desquelles elle ne peut vivre, et par des leurres absurdes, il l'attire aux abîmes.

ROME SECULARISEE.

Les petits princes s'élèvent, les Carlovingiens descendent, les Sarrasins accourent en Italie. Les

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petits princes font alliance avec les Sarrasins, les indignes descendants de Charlenriagne demeurent inactifs. Un homme se dresse au milieu de ces couards et de ces pervers : c'est le Pape Jean X, l'un de ceux que Thistoire calomnie davantage, l'un de ceux qu'elle doit le plus honorer. Il fait, comme il peut, un empereur; la matière devenait rare ! Sans se confier à ce prince, il prend le commandement de l'armée qu'il a su lui-même réunir, attaque les Sarrasnis retranchés sur le Garigliano, et les défait. Cette bataille, gagnée de la main du Pape, refoule l'invasion qui allait submerger r Europe. Bientôt les Papes fonderont la politique des Croisades.

La tempête de sang redouble et se prolonge. On \- voit apparaître des Sarrasins, des Hongrois, un roi d'Italie, toutes sortes d'aventuriers vainqueurs pour un jour. Ils tuent, ils détruisent, ils dévorent. Omnia vastando, disent les chroniques. Il n'v a plus d'Empereur, ou T Empereur est lâche, ou impuissant, ou traître. Le Pape est chassé de Rome, captif dans Rome, au pouvoir des factieux et des scélérats. On re\oit les jours des Lombards. Les crimes les plus bas donnent le pouvoir, les entreprises les plus atroces en sont l'ordinaire emploi. Une horrible confusion règne partout. Elle envahit l'Eglise. On jette dans les dignités ecclésiastiques le rebut de ce monde rebutant. Le valet qui

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ne pourrait plus être assassin, ces princes émancipés du Pape en font un évêque.

C'est le dixième siècle, « âge de fer par la férocité des mœurs stériles en vertus, âge de plomb par l'excès effrayant des vices, âge de ténèbres par le défaut d'historiens. » Et voilà le monde sans le Pape, ou du moins avec un Pape sans puissance et sans liberté. Rome est complètement sécularisée. Dans le feu, dans le sang et dans la nuit, la société expérimente ce système que nous entendons préconiser encore. Le Pape n'est plus roi, Jésus-Christ n'est plus Dieu, et la civilisation succombe.

Le plus épais de cette nuit dura soixante-dix ans. Il y passa vingt Papes, qui furent plus ou moins les jouets infortunés des tyranneaux de Rome, et quelques-uns leurs créatures. C'est l'époque misérable que les ennemis de TEglise signalent comme celle des scandales de la Papauté. On s'explique leur zèle pour la renouveler î Sur ces vingt Papes, il y en a six que Baronius lui-même accuse ; Muratori en relève quatre, d'après des documents que Baronius n'avait point connus. L'Eglise ne périt pas, parce que Dieu l'assiste. Et parce que Dieu assiste l'Eglise, la Papauté, soumise à d'indignes entraves, ne laisse pas d'être encore la colonne du monde.

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Les germes semés par le siècle carlovingien mûrissaient dans les monastères. Il v avait des saints. On allait voir la féodalité chrétienne. Les courts esprits qui déclament contre la féodalité, devraient considérer ce que TEglise en a fait. Au fort du péril, lorsque l'on croyait que le monde allait finir, l'Eglise travaillait et ne se désespérait pas. Les cloîtres renfermaient des saints ; les saints sont toujours de grands hommes. De là sortaient ces évêques admirables, ces fondateurs de monastères nouveaux qui convertissaient les barbares et même les scélérats, contenaient le présent dans sa décadence, préparaient Tavenir.

Dès que le onzième siècle a commencé, la scène change. Les rovaux pèlerins sont plus fréquents dans Rome. Ce qu'ils y viennent chercher, ce qu'ils y trouvent, un d'entre eux nous le dira pour tous. Peu de princes avaient été plus durs que le roi de Danemark et d'Angleterre. Canut le Grand, demipaïen , quoique baptisé. Docile aux conseils de saint Egelnoth, archevêque de Cantorbéry, il vint à Rome, d'où il écrivit à toute la nation des Anglais 'i027~ : Qu'ayant fait ce saint voyage pour la rédemption de ses péchés, il a voué de mener une vie exemplaire et de gouverner selon la justice et la piété, regrettant les fautes de sa jeunesse, et résolu de se corriger avec l'aide de Dieu. Il adjure donc ses conseillers et magistrats, s'ils veulent con-

SAINT GREG0IR1-: Vil, ETC. 1 :! Q

server son amitié et sauver leurs âmes, d'avoir soin désormais de ne transgresser aucune loi, ni en faveur de l'homme puissant, ni en crainte du roi, ni dans le dessein de remplir le trésor royal-, carie roi n'a pas besoin d'argent levé par injustice.

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