‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 39 sur 230 · I.A PATX A ROME · texte numérisé non relu

I.A PATX A ROME

Adrien I'-^'' sut tirer parti de la prospérité , comme ses prédécesseurs avait su lutter contre les catastrophes. D'une main prévoyante il prit la tu-

LA PAIX DE ROME. i'iQ

telle du monde renaissant. Romain, plein du génie de Rome antique pour les nobles et magnifiques travaux, il agrandissait encore ses desseins par zèle des âmes. Il voulait que Rome devînt la merveille et l'école du monde, et c'était afin de remplir sa charge de père et serviteur du peuple chrétien.

Déjà, depuis Tlsaurien, la charité des Papes, ce caractère si persévérant de leur politique, enrichissait Rome des folies deByzance. Accueillant les artistes que chassait Thérésie, les Papes leur donnaient Rome à rebâtir. De tous côtés s'élevaient des palais, des tours de défense, des églises, des portiques. Adrien continua ces ouvrages et les porta à un point de grandeur que ses prédécesseurs n'avaient pu même rêver.

Songeant aux périls à venir, il termina les remparts. On y comptait 383 tours, 7020 bastions, 2066 grandes meurtrières. Jamais empereur n'avait tant fait. Il répara les anciens aqueducs, œuvre jugée impossible -, il ramena sur leurs lits aériens les tleuves qui alimentaient prodigalement la ville, car jl est écrit : L'abondance des eaux réjouit la cité de Dieu. Il rebâtit les églises. « En faveur des pèlerins, » il construisit de vastes galeries couvertes pour relier entre elles les basiliques embellies de Saint-Pierre, de Saint-Paul et de Saint-Laurent ; douze milles blocs de travertin furent employés pour

r 3o LIVIDE il!. CHAPITRE IV.

les seules fondations des premières arches de la galerie qui touchait aux rives du Tibre.

Cette colonnade ornée d"autels et de chapelles, revêtue d'inscriptions, parée de mosaïques, courait sur plusieurs milles d'étendue à travers les champs, parmi les ruines et les tombeaux des âges païens. Une des parures extérieures de l'ancienne Rome, ville de la mort, c'était les tombeaux -, la nouvelle Rome, chef-lieu de la vie, s'annonçait par des temples dédiés aux apôtres et aux m.artyrs du Dieu vivant. Elle avançait au dehors ses colonnades grandioses et joyeuses, comme des bras amis pour accueillir le voyageur, qui n'était plus un étranger, mais un hôte et un fils, et souvent le fils prodigue, plein d'amour, assuré du pardon. Sous les galeries du Pape Adrien, on ne vo^^ait pas seulement le Franc de Charlemagne, humble dans la joie de sa victoire, le Breton qni venait demander des livres, le Saxon converti qui accourait recevoir la bénédiction ; là se pressaient aussi le Lombard pénitent et le Grec réconcilié.

La ville était plus belle que le soleil ne l'avait jamais vue. Refaite par Part de Byzance, alors parvenu à son exquise maturité, majestueux et charmant, elle brillait d'or, de marbres, de mosaïques, d'eaux bondissantes, de débris antiques honorablement relevés. Elle était déjà pleine de collèges na-

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tionaux; on y parlait de nouveau tou es les langues de la terre *, mais aucune de ces langues n'était plus la langue de la captivité', toutes adressaient la même prière au même Dieu. Ainsi, en deux ou trois règnes, la main à peine libre des Papes avait ouvré sur ce sol piétiné par les barbares, et encore frémissant de la chute du monde.

Alaric, poussé par un instinct qui lui disait de multiplier la désolation ; Genséric, apporté par le vent qui souffle contre ceux que Dieu veut punir, avaient saccagé Rome*, Attila, le tléau, l'avait rançonnée, et la haine des nations n'était pas assouvie. Totila, plus impitoyable, accablant la cité impériale, l'avait vidée. Lorsque Bélisaire, quarante jours après la retraite de Totila, pénétra dans Rome, il eut peur. Les remparts jetés par terre obstruaient les entrées dépouillées de leurs port-^s ; Therbe poussait dans les rues embarrassées de décombres.

Arrivé au Capitole, Bélisaire osa violer le silence de ces ruines ; il fit sonner la trompette et agiter les aigles : aucune voix ne répondit. Il nV avait plus de Sénat, plus de peuple, plus d"habitant. La grande Rome était morte ; son cadavre appartenait aux bêtes sauvages que le Sénat, toujours païen, avait gardées jusqu'à la dernière heure pour être une ombre des anciens plaisirs du peuple, toujours appelé le peuple-roi. — O peuple de Rome! au-

jourd'hui encore des maniaques te parlent d<j ta royauté. Crains cette folie. Les vents qui enlèvent la couronne, et le roi et la ville, sont encore aux ordres de Dieu.

De cette poudre, en moins de deux siècles, les Papes avaient tiré la merveille que nous venons d'entrevoir, cette Rome du Pape Adrien, si riche, ^i ordonnée, où la religion était une fête permanente: ville des arts, ville de la science, ville du chant, école du monde, qui charmait le cœur intelligent de Charlemagne. Et, après l'avoir visitée lentement, priant avec amour sur les tombeaux des martyrs et des saints, ce grand homme qui voulait, lui aussi, bâtir et civiliser, ne demandait au Pape d'autre récompense personnelle, que des livres i' et la permission d'emmener quelques professeurs de musique sacrée.

Rome contenait d'autres fondations d'Adrien, chères à Charlemagne, qui devait les imiter. Le Pape avait donné son patrimoine propre, « pour que les produits en fussent à jamais consacrés à ses

(i) Charlemagne emporta de Rome ]q Sacravientaire, qui régla la liturgie; le Provinciale, qui fixa la hiérarchie cccle'siaslique; le Codex canonum, code complet de législation canonique, et la Bibl: de saint Jérôme. La civilisation de T Karopc est fille de ces livres.

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frères les pauvres du Christ, v Mais il ne suffisait pus à ce grand cœur de songer aux pauvres de sa \ iile royale : il établit encore trois riches diaconies pour assister les pèlerins indigents. Adrien voulait que Ton put venir à Rome de toutes les contrées de la terre, et que le dernier enfant du Christ ne fut pas privé de la joie de prier au seuil du tombeau des Apôtres , ni de l'avantage d'étudier à cette école de toute science sacrée et humaine. \'oilà les prodigalités du Pape Adrien. Elles rappellent la création plus vantée de son homonyme l'empereur philosophe , — Tun des meilleurs ! — cette fameuse villa Hadrijiia, où le maître du monde avait mis Teffort de sa puissance, et dans les fondations de laquelle, sur la parole d'un devin, il versa le sang des sept enfants de la chrétienne Symphorose, huit fois martyre en un seul jour I

a Comme Thèbes, Babylone ou Carthage, dit Gibbon, à l'époque de saint Grégoire le Grand, Rome aurait disparu de la terre, si la cité n'avait pas été animée par un principe vital qui la rendît de nouveau aux honneurs de la domination. »

On a vu qu'en effet ce « principe vital » dont Gibbon est l'adversaire, ne manquait pas d'énergie. Sous le successeur immédiat d'Adrien, il prouva sa

fécondité en créant TEmpire ; nom ancien, chose toute nouvelle. Ni le saint Pape Léon III ne pouvait rien faire, ni le grand et bienheureux roi Charles ne pouvait rien être qui ressemblât à T Empire et à l'empereur d'autrefois. Dj son propre mouvement, de sa pleine puissance, le Pape créait le Saint-Empire.

Par là il consacrait un tuteur et un défenseur de la république chrétienne et de TEglise, encore terriblement menacées : il enracinait dans le monde Tidéc de l'ordre, pour le jour trop prochain où Charlemagne nV serait plus: il donnait un corps à la grande pensée de Funité du genre humain en Jésus-Christ, pensée et volonté de Dieu, que le genre humain commençait à comprendre et dont le pieux génie de Charlemagne hâtait la réalisation. Charlem.a^ne avait été la force intelligente au service de la vérité, la force humblement hère de son nobie rôle, reconnaissante de la gloire qu'il lui attirait; le Pape consacrait cette force et lui donnait l'onction divine.

« Le Roi sur son trône, le Pontife sur le sien, et le |enre humain se repose à Tabri de leur concorde. » La beauté, l'abondante vie de Rome sous les Papes Adrien et Léon se reliétait dans tout TEmpire. Les monuments sortaient de terre, les églises s'épanouissaient, les monastères se multi-

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