FREDERIC H
A saint Louis même , Frédéric écrivait de la sorte, lui demandant de travailler avec lui pour affranchir TEglise du poids temporel. Il comptait tromper sa droiture. 11 enlaçait tout dans ses nœuds; il se voyait encore jeune, il se sentait puissant. Déjà excommunié quatre fois, il avait usé trois papes. Mais Innocent IV, échappant à ses serments et à ses traités, venait de lancer une cinquième fois la foudre. Devant ce Pontife dépouillé , fugitif et invaincu , Frédéric allait voir chanceler la longue insolence de sa fortune.
Innocent accepta le débat de\ant les rois. Il soutint le droit antérieur et supérieur du Pontife contre les prétentions illégitimes de la puissance séculière. Il posa nettement la question, telle que la papauté, qui n'a rien à cacher, Ta toujours posée à la face du monde : — Il dit que le Christ, vrai roi et prêtre, a fondé dans les mains du bienheureux Pierre, non-seulement la principauté sacerdotale, mais encore la principauté royale, et lui a confié les rênes des deux empires. « Alors fut abolie la tyrannie, ce gouvernement sans frein, qui auparavant était général sur la terre. Constantin l'abdiqua dans les mains de FEglise : il reçut de T Eglise en échange le titre authentique du pouvoir chrétien. » Le Pontife ajoute que la puissance du glaive dérive de l'Eglise. Au couronnement de l'Empereur, TEglise lui donne le
glaive-, elle a droit de lui dire : Remets ton glaive dans le fourreau. Quand donc l'Empereur, au lieu de couper Tivraie, coupe les rejetons fertiles, au lieu de protéger les innocents protège les malfaiteurs^ il prévarique : et ce n'est point usurpation, c'est charité de lui ôter le glaive par Tusage duquel il perd follement le monde et son âme. — Tel était le langage du Pape lui-même aux rois eux-mêmes, le langage du droit.
En outre, le Pape faisait remarquer que Frédéric, si abondant en faussetés sur les dangers dont Tautorité légitime et désarmée de l'Eglise menace les princes, avait soin de garder le silence sur les prétentions des empereurs à la domination universdle. C'était le fait présent. Frédéric et ses juristes ne donnaient aux souverains que le titre de rois provinciaux ; il n'y avait dans le monde que des prorinces de FEmpire. Les empereurs ne pouvant avoir l'Eglise pour complice, voulaient la détruire, afin qu'elle ne traversât plus leur ambition. Cependant les princes n'osèrent pas défendre l'Eglise qui les défendait, et le Pape n'était assisté que du parti des libertés municipales en Italie. Dieu se servit de ce faible moyen pour humilier l'empereur apostat. Frédéric fut battu par les bourgeois de Parme. Bientôt après, il tomba sous la