‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 47 sur 230 · LE PROBLEME · texte numérisé non relu

LE PROBLEME

Sans doute. Dieu a voulu que son œuvre, son unique Eglise, fût à tous les yeux démontrée impérissable, puisqu'il a permis que de telles tempêtes se pussent déchaîner sur elle, et que de tant de catastrophes elle sortît toujours telle qu'il Va conçue. Au schisme à peine étouffé, le Protestantisme

succède : il enlève à TEglise la moitié de l'Europe, et sa victoire dure encore. Cependant, à travers Torage, la Papauté rebâtit Rome, préside et dirige le concile de Trente, en exécute les décrets, retient la France dans la communion romaine , rétablit sa domination incontestée sur tout ce qui lui appartenait en Italie. Depuis le grand Pape Martin Y ^1447 jusqu'à la Révolution française, les Papes demeurèrent dans leur Ville et dans leur Etat, plus paisibles possesseurs qu'ils ne l'avaient jamais été. Malgré de grands désastres, qui ont semé une graine de désastres plus grands, ce n'est pas l^époque la plus malheureuse du monde -, c'est assurément l'époque la plus heureuse qu'ait traversé^ l'Italie.

L'Europe, et particulièrement l'Italie, est tranquille quand la Papauté est tranquille, libre quand la Papauté est libre. Je sais ce que slgniÛQ anjoiird'hïti le mot de liberté -, mais quand je parle de liberté, il m'est permis d'entendre la liberté chrétienne, le droit de vivre selon la loi de Dieu. Si l'Europe et l'Italie n'ont pas eu cette liberté tout entière, la faute n'en est point aux papes. Du jour où l'Eglise a pu exercer 'une action directe sur le gouvernement des sociétés, les papes n'ont cessé de poursuivre le même but, qui est de donner à l'individualité toute sa valeur, en la disciplinant par elle-même au moyen de la connaissance de Dieu .

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Peu de princes, avant et après Charlemagne, ont favorisé ce plan. D'accord avec les sceptiques et les incrédules, les princes ont en général offert au genre humain un autre avantage, qu'il a préféré généralement : ils lui ont proposé de l'affranchir de la règle intérieure, lui laissant ignorer que la règle extérieure, le frein politique, devenant de plus en plus indispensable, pèserait de plus en plus sur toute liberté. Telle a été la séduction du Césarisme, telle a été la promesse du Protestantisme, telle est celle de la Révolution ; et ces trois choses sont une même chose ; et cette chose est la suggestion de Satan, Pennemi de l'homme et le rival de Dieu.

Malgré l'abondance de ses victoires, Satan ne l'a pas emporté, puisque la société reste debout, puisque la notion de la liberté n'est pas éteinte, puisque TEglise est encore la tête et le cœur du genre humain. Elle seule a subi tout Teifort de Satan, elle seule a résisté. Humainement, sa victoire est inexplicable. Toutes les forces de la matière et de Fesprit, toutes les brutalités, toutes les subtilités, toutes les anarchies, tous les despotismes se sont conjurés contre elle, l'ont attaquée. Font accablée. Elle n'a jamais eu la force, à peine peut-on citer quelques courts moments où elle eut la paix. Pour les papes personnellement, la paix n'a pas existé. Où marquer la nuit qui a été pour eux sans labeur, et le jour qui s'est écoulé sans angoisses? Les papes

sont bien ces âmes dont parle le poète : Ils demandent à Dieu de mettre en fuite l'antique louve qui dévore plus de proies que tous les autres animaux : — et de leurs yeux s'échappe goutte à goutte l'expiation du mal qui remplit Tunivers.

Comment cette faiblesse a-t-elle soutenu le choc, et non-seulement résisté, mais vaincu ? Que dire à ceux qui nient l'assistance du Ciel ? Perpétuellement l'histoire de la Papauté met la raison humaine en face de la main divine, et il faut sïncliner ou fermer les yeux. Il est vrai que beaucoup d'yeux se sont toujours fermés, se ferment obstinément*, mais cet aveuglement est une autre évidence , et le soleil poursuit sa carrière.

La main divine va-t-elle se retirer, ou les orages qui tonnent déjà sont-ils encore une fois la mystérieuse préparation d'un but plus grand , que la courte sagesse de Thomme ne saurait prévoir ? C'est la question que se posait le poète, en des jours qui n'étaient pas moins menaçants. Tous les ennemis à travers lesquels l'Eglise a passé sont debout devant elle, unis et coalisés; ils agissent avec ensemble, ils sont pleins d'espérance, le secours n'apparaît nulle part *, l'issue s'annonce plus favorable aux vœux du Dante qu"à ceux de quiconque garde encore un cceur catholique ! Le monde civilisé, à ce qu'il semble, est gibelin. Pour cette fois il est

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