LA QUESTION DIVINE. '^OD
a Et le soldat tiagcUé revint dire à son maître : c( Si vous avez un ennemi, envoyez-le à ce tem- (( pie; le grand Dieu qui habite au ciel en est le (( gardien. C'est lui, c^est son bras qui frappe et o perd tous ceux qui viennent là pour faire mal. »
(( Cependant nous gémissons avec le grand prêtre. Il n'est pas un seul de nous qui ne doive dire : Je souftre à ma noble tête, Capiit meiim doleo! On nous a tous meurtris. Nous sommes les membres de Pierre, et Ton ne peut toucher à Pierre sans que la douleur parcoure tout le corps de l'Eglise, des pieds à son chef mystique.
(c En même temps que nous, pas de créature qui ne souffre et ne pousse un gémissement -, car toute la création se rapporte à nous, nous au Christ, et le Christ à Dieu. Or, de même que le Christ est le centre de tout, il y a un lien entre son A icaire et le monde, entre Pierre et tous les êtres.
(( Denys lAréopagite et son compagnon Apollophane étaient en Egypte au moment de la mort du Christ. Le soleil se voile. Ils consultent les livres et n'y trouvent pas Texplication de ce phénomène. Par un secret instinct, Denys s'écrie : — Ou Dieu souffre, ou il compatit à la souffrance!
(( Jésus est un soleil qui éclaire Tunivers. Je-
2U4 LIVRK V. CHAPITRE 1.
SUS est le centre et le résumé du monde. Quand il était cloué sur la croix, le monde y était aussi cloué. On ne pouvait briser la tête de Tunivers sans que Tunivers fut ému. Cette émotion devait se traduire par des gémissements, des secousses et des obscurcissements.
u Pierre , quoique non au même titre que le Christ, est centre aussi. En lui le Christ a mis toute lumière, toute vie, toute grâce, tout amour. Que si l'on crucifie Pierre, il se fera de grands ébranlements, il y aura des nuits hâtées, des ombres, des terreurs. C'est la loi des choses de s'émouvoir quand on viole le repos de leur centre, et cela suffit pour que Dieu soit le vengeur opportun de son Eglise.
(( Adressons à Dieu la prière d'Esther : Seigneur, ne tradas sceptnim tiiiim Jiis qui noiï siiul^ ne livrez pas Rome, le sceptre de votre puissance, à ceux qui ne sont pas ! Que ces êtres de néant n'aient pas la joie de nous immoler sur leurs autels de dérision, et de substituer à vos temples leurs maisons vides ou pleines de larves! Ne vous livrez pas à ceux qui, se donnant l'apparence de quelque chose, quasi quis , ne sont rien dans leur fond. »
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NOL; et PIERFE.
Je pense, dit Fra Gaudenzio, que ces paroles n'ont pas eu l'honneur d"éveiller une contradiction ?
— Pas une, père! J'imagine que certains modérateurs du bon parti, s'ils les ont lues, les ont trouvées étranges, exagérées, ^tw pratiques. De Tautre côté, quelle importance peuvent attacher à de telles pensées les prosateurs qui font Topi nion !
—C'est chose merveilleuse, reprit Fra Gaudenzio , que le peu de retentissement immédiat de toute pa-role vraiment maîtresse. Le monde semble incapable même d'apercevoir certaines idées, auxquelles cependant il obéit. Il faut que cela soit noyé mille fois dans la mare des commcn taires.
A la millième dilution, quand Tessence première est devenue insaisissable et que l'analyse la plus subtile ne saurait la retrouver, alors elle agit. Ne
VOUS plaignez pas de ces vulgarisateurs qui administrent au public tant de bonnes platitudes I
En lui donnant la vérité telle qu'il la peuvent comprendre, ils la lui donnent telle qu'il la peut prendre. La parcelle divine qu'ils ont voulu exclure de leur grossier mélange y réside pourtant, et elle sauve tout. Telle est Ténergie que Dieu communique à la vérité.
— Mais, poursuivit le Père, reprenons l'idée de votre admirable évêque, touchant l'apparition de Noé sur le sol de Rome, à l'aurore du monde renaissant. Cette idée n'est pas nouvelle pour moi.
C'est une vieille tradition de Tltalie, que Janus est venu à Rome, où il a donné son nom au Janicule. De même, on lui attribue la fondation de Gènes, Janiia, après une grande inondation.
Dès longtemps les chrétiens ont cru que ce Janus fabuleux n'est autre que Noé. Quel pourraitil être? Pourquoi aurait- on inventé ce voyageur divin qui apparaît après le déluge des grandes eaux ?
Que signifie ce double visage dont il regarde en
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même temps Tavenir et le passé? Tous les traits de Janus s'appliquent à Noé, ne s'appliquent qu'à lui.
C'est lui, c'est Noé, le roi de la terre après le déluge, le prêtre, le connaisseur de Dieu, le meilleur affirmateur de la Divinité -,
C'est Noé qui vo^'ait à la fois deux mondes, le passé jusqu'à Adam, l'avenir jusqu'à Jésus-Christ, dont il était la figure prophétique et qu'il attendait.
Sur le mont Janicule, au lieu où, depuis le treizième siècle, quelques-uns ont cru, sans fondement, que la croix de saint Pierre avait été dressée,
Bramante a construit un petit temple justement célèbre. En mémoire de la tradition expliquée par le Christianisme, il y a sculpté une figure de Noé.
Et Pierre est à la fois Janus et Noé. 11 arrive à Rome lorsque le déluge de la puissance impériale, puissance de Satan, avait submergé le monde.
Pierre, (( le fils de la colombe, » porte le rameau cueilli sur le Calvaire, qui annonce que cette
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inondation de Tenfer va se retirer, et que déjà
l'eau décroît.
Il est le batelier de Tarche nouvelle , de l'arche où seront sauvés non plus quelques hommes, mais tous les hommes : Tarche grande ouverte, qui court après les naufragés.
II s'élève sur la limite de deux mondes , l'un naissant, l'autre qui \"a périr. Il a le regard tourné \ers la loi accomplie, et la bouche qui Texplique.
Il a le regard tourné vers le ciel nouveau, et les lèvres qui annoncent et qui expliqueront la loi nouvelle.
Combien de choses que Thomme n'imagine, ne comprend, ne sait, ne croit, ne fait que parce qu'il a été créé à l'image de Dieu !
En l'homme, malgré le péché, demeure je ne sais quel reste de cette science que Dieu lui avait donnée. Il se souvient de choses qu'il n'a point apprises.
Il y a une réminiscence de TEden jusque dans l'cime qui n'a jamais entendu parler de l'Eden; et nos aspirations sont des souvenirs.
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De là cet instinct de certaines convenances sublimes et divines, qui nous met sur la voie des choses cachées.
Nous ne voulons rien de brisé, nous ne comprenons rien de soudain; à travers nos contradictions, nous prétendons à Tunité de vie.
Car nous sommes créés à l'image de Dieu, qui lait tout avec suite, avec ordre et mesure, et dont aucune action ne s'égare.
Toute rhistoire de l'humanité a été complète dans Fesprit de Dieu dès avant la création de l'homme; à plus forte raison toute Thistoire de la religion.
Dieu a ses convenances en tout. Sans nous les révéler, ces grandes traditions nous les font pressentir.
Par qui auraient-elles été forgées ? Par qui accréditées ? Qui les maintient contre tant de contradictions et les relève toujours parmi tant de ruines ?
Est-ce une imagination , cette tradition qui veut qu'Adam soit mort à Jérusalem et que ses os aient été ensevelis là où serait plantée la croix?
Pourquoi le lieu de la Croix s'appelait-il calvaire? Pourquoi devint-il le théâtre de la suprême réparation? L'étrange serait qu'il n'y eût rien.
Et je ne peux imaginer que le sol de Rome, antérieurement à Pierre, qui est encore Jésus-Christ, antérieurement à Romulus, si semblable à Caïn,
Non, je ne peux imaginer que ce sol n'ait pas été Tobjet d'une prise de possession particulière, d'un acte qui préparât Tattente du monde.
Dans la ville naissante, un crâne humain apparut. L'esprit prophétique s'empara des hommes qui avaient trouvé ce débris.
Et s'éleva le Capitole, le Calvaire du genre humain, jusqu'au jour où l'arbre planté sur Tautre calvaire étendit ses rameaux et couvrit le monde.