‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 66 sur 230 · LA QUESTION MATERIELLE · texte numérisé non relu

LA QUESTION MATERIELLE

Quoi î le bien le plus précieux des peuples et le plus difficile à leur procurer, c'est la paix : et le gouvernement qui donne à son peuple la paix, et qui est le gouvernement même de la paix, ne saurait pas procurer les autres biens ! Et Ton ne sait plus que Rome, ce pays de la paix, est aussi le pays de la science et des arts !

Et Ton ne sait plus que ce gouvernement de la paix, de la science et des arts, est davantage encore le gouvernement de la justice et de la miséricorde ! On nie la miséricorde à des hommes dont la principale fonction en ce monde est d'offrir la Victime qui ôte les péchés du monde î

En même temps qu'on leur nie la miséricorde, on leur reproche la faiblesse. Eh ! sans doute, ils sont faibles ; ils veulent Tètre. Pourquoi seraient-

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ils forts comme on Test chez vous ? Ils demandent à n'avoir point d'armée, point de flotte, et aussi peu que possible de police. Ils voudraient, sans tous ces engins et sans tous ces fouets, conduire un peuple de laboureurs et d'artisans.

Us demandent à ne point verser le sang, ni dans les guerres étrangères ni dans les guerres civiles; à se trouver désarmés même en face de la sédition, aimant mieux pacifier lentement par la raison que réduire immédiatement par le fer. Ils demandent à n'avoir que peu d'industrie, pour n'en venir pas aux corruptions et aux immolations qu'exige la production à bon marché.

Vous envieront-ils la gloire des manufactures, des mines, de ce que vous appelez les « armées industrielles? » Pour maintenir la discipline dans l'armée industrielle, il faut la discipline de Tarmée permanente. Entre ces deux disciplines, la liberté râle, et elle mourra.

A rentrée du paradis, désormais fermé, la colère de Dieu mit un ange, le glaive à la main, pour dire à rhomme coupable : Tu ne rentreras pas! Quand vous avez quelque part creusé une mine ou bâti une manufacture, un peuple s'y engouftVe, et vous mettez à l'entrée un corps de garde pour dire à ce peuple : Tu n'en sortiras pas !

Le Pape ne veut point que son peuple perde la douce vue du jour. Il lui réserve le travail des champs, le travail des arts, le libre et pur atelier de la famille , où Tair pénètre , où les enfants jouent, où réponse et la jeune fille gardent leur pudeur. Cet atelier clément, la liberté vient le fermer tous les dimanches, de la part du bon Dieu.

Pourquoi le gouvernement du Pape condamnerait-il ses sujets au travail forcé de la mine et de la manufacture ? Pourquoi les obhgerait-il à dé terrer le charbon et à respirer le coton pulvérisé, puisqu'il y a des Anglais et des Français, des protestants et des libres penseurs qui font cela, pour boire de Teau-de-vie?

Et quand même les Romains aspireraient à ces belles choses, quand même ils détesteraient ce gouvernement soucieux des corps et des âmes \ quand même ils voudraient un maître qui pût les. sabrer, et qui leur ouvrît la mine, la manufacture, la caserne et le cabaret, au lieu de leur ouvrir l'Eglise :

Qu'importe au bon sens chrétien, ce vœu d'une folie qui ne peut avoir satisfaction qu'aux dépens de la paix et de la liberté du monde ? La chrétienté ne doit s'en occuper que pour y mettre ordre par la force, dès que la folie entreprendra d'employer la force pour atteindre son but.

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Si quelque peuple, unique possesseur d'une plante nécessaire au genre humain, voulait arracher cette plante, disant que le sol lui appartient et qu'il préfère y cuhiver autre chose , c'est ce peuple lui-même qu'il faudrait arracher du sol. Et on Tarracherait plutôt que de le laisser commettre son parricide.

Le Pape, gardien de la vérité, est plus nécessaire au genre humain qu'aucun fruit de la terre et qu'aucune bénédiction du ciel. C^est lui qui est la grande bénédiction. Il est la lumière qui mène à Dieu, la lumière et la liberté. Otez Pierre, et la nuit se fait; et dans cette nuit Néron se forme, grandit et s'installe.

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