‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 67 sur 230 · LA DIPLOMATIE · texte numérisé non relu

LA DIPLOMATIE

M. Thouvenel, ministre des affaires étrangères en France, réfute officiellement une lettre Encvclique du Saint-Père. Il veut faire peser sur le Saint-Père la responsabilité des déprédations piémontaises. Le gouvernement de Pie IX est accusé de faiblesse, d'imprévovance . d'obstination.

à' ingratitude! On Taccuse aussi d'ignorer les vœux des populations.

On le presse de se rendre à ce que réclament de lui (( la raison et la religion elle-même » pour éviter (c s^il en est temps )) de ff plus grands malheurs )) et mériter certaines « protections qui pourront le sauver. » C'est le style de Byzance, le style des schismatiques de tous les siècles. Les dépêches des Choiseul et des Pombal étaient remplies de ces mots-là.

Les conditions du ministre Thouvenel sont les mêmes qui furent toujours proposées, que le Pape a toujours refusées. Il devrait céder ce qui n'est pas à lui, ce qu'il ne tient que sous le serment de le transmettre. Il devrait, en abandonnant ce qu'on lui a pris, compromettre ce qu'on lui laisse, et du même coup blesser irréparablement les droits des autres souverains.

Le Ministre n'attache nulle importance à ce point. Selon lui, c'est « mystique », c'est-à-dire niais. « Si, dit-il, le Saint-Siège se décidait enfin (f à quitter les régions mystiques, où la question a n'est pas réellement placée, pour descendre sur a le terrain des intérêts temporels , seuls engagés « dans le débat-, si, à V intelligence de la situa- « tion, il joignait de la modération dans les pro-

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« cédés, peut-être apporterait-il, quoiqu'il soit « bien tard, un changement favorable ksa cause. » Grand Dieu! c'est notre France qui parle ce .français. . .

En conservant l'intégrité du domaine temporel, le Saint-Père défend la propriété du monde catholique, propriété instituée par le peuple chrétien pour la garantie d'une indépendance nécessaire à la religion du peuple chrétien. C'est dans ces hauteurs uniquement que réside Tintérêt ma tériel. Tel que le Ministre le considère, l'intérêt matériel ne mériterait pas d'être discuté.

Le Ministre regarde la sédition survenue dans l'Etat pontifical comme un mouvement spontané des populations. La vérité est que les révolutionnaires romains relèvent de l'étranger. Le génie de ce temps est à fausser même le faux. On érige un prétendu principe de « non-intervention », et à peine érigé on le viole. On Ta érigé contre le droit, on le viole au profit de l'injustice. La pauvre conscience humaine n'aura pas un moment l'illusion d'être respectée !

Cette théorie de la non-intervention est d'ailleurs contraire à l'intérêt général des peuples. Dans la famille chrétienne, le droit du souverain représente les lois, les traditions, les mœurs, la pro-

priété, Tordre légitime. Les souverains ont des alliés pour défendre ces biens contre les ennemis du dedans et du dehors, et leurs alliés sont aussi ceux de la nation. La non-intervention réduirait les peuples à n'avoir point d'alliés ou à n'en avoir que contre eux-mêmes.

Le Pape ne veut pas avoir un Etat militaire qui plie les populations à Tobéissance craintive. Il gouverne par la raison, par la douceur, par la coutume plus encore que par la loi. Chez lui n'existent ni majorité, ni minorité, ni ambitions qui puissent prendre les armes ; il n'a pas besoin d'armer les uns contre les autres ses sujets, ses enfants.

D'un autre côté, étant le père commun, les alliés qu'il appelle ne sont point des étrangers-, ils n'entrent point pour lever des contributions, pour ôter au peuple son nom , ses fovers , ses autels, ses coutumes. Ils viennent au contraire maintenir la justice. Comme enfants de l'Eglise, ils assurent ainsi leur propre liberté.

L'indépendance du chef de T Eglise catholique est le bien des nations baptisées. Lorsque le Saint- Père sollicite un peuple chrétien à le défendre, il demande à ce peuple de défendre ce qui est à lui. Le domaine de saint Pierre est là borne de tous

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