LA QUESTION I) AVENIR
La question est de savoir si la Providence, qui gouverne le monde par la justice et par la miséricorde, permettra au monde d'aller jusqu'au bout de sa folie ? Car de croire que le monde fait ce qu'il veut et va où il veut, c'est Terreur du monde.
Il y a deux forces dans le monde, qui constituent deux mondes différents. Il y a la force ou le monde du Mal-, il y a la force ou le monde du Bien. Elles sont en lutte perpétuelle, perpétuellement inégale, perpétuellement trompée. Le monde du iNIal est fort, mais Dieu le contient; le monde du Bien est faible, mais Dieu le soutient. Le monde du Mal semble obtenir toutes les ^■ictoires, le monde du Bien est toujours victorieux.
Rien, en ce moment, ne paraît contre-peser la force du Mal. Ses œuvres comme ses desseins méritent assurément que la justice de Dieu lui laisse obtenir un de ces triomphes qui châtient l'ingratitude humaine! Cependant le monde du
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Bien ne cesse d'invoquer la Miséricorde. La Miséricorde peut écarter la Justice*, elle peut abréger répreuve , s'il faut que la Justice ait son cours. La Justice s'exercera sur les hommes en les abandonnant à la tyrannie; la Miséricorde les délivrera de la tyrannie en affermissant parmi eux l'autorité.
Etudié hors de Rome, le problème est désespérant ; il semble impossible que ce vieil édifice temporel de la Papauté résiste encore, et, détruit, se puisse jamais reconstruire. A Rome, le point de vue change.
Sans doute, contre ces remparts démunis, l'assaillant n'a pas besoin des inventions modernes ; l'antique arbalète suffirait. Point d'armes, point de défenseurs ! Mais la force de Dieu se sent. Il n'y a pas une pierre ici qui ne soit posée comme un fondement éternel. Après tout, on a vu l'ennemi aussi fort, le droit aussi méconnu, Dieu et l'humanité aussi endormis. Dieu s'est réveillé, des idées que l'on pensait mortes se sont remuées parmi les hommes : et le Pape, en pleine possession de son titre déjà déclaré caduc, a continué l'œuvre pour laquelle il est venu dans le monde.
Ni le Pape ni ceux qui l'entourent ne croient que les destins de la Papauté sont finis. L'Eu-
rope politique méprise fort ce qu'elle appelle « les congrégations romaines, » sans savoir bien au juste ce que c'est» Mais les étonnements de Pignorance et les négations de l'orgueil n'empêchent pas la science de savoir, la piété d'espérer, la foi de persévérer.
Le Roi temporel de Rome et ses conseillers savent beaucoup de choses qu^ignore à peu près la multitude ennemie. Ils connaissent leur droit, ils connaissent leurs devoirs. Entre ces devoirs, l'un des principaux est de ne pas abjurer le droit, de soutirir plutôt la mort. Avec cela , on mène le monde très-loin ! Le Pape n^est désarmé que comme toujours. La prière lui reste , Dieu lui reste. Si la justice et la raison peuvent suffire à le défendre, la raison et la justice parlent pour lui: s'il faut la force, le canon rayé n'a pas détrôné la foudre.
Attaché à ce trône de douleur qui s'élève comme une image vivante de la Croix, gardé par les reliques des saints, le Pape demeure tranquille , le front dans les orages du temps ., les pieds sur le roc éternel.
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