EGLISE LIBRE DANS L ETAT LIBRE
\'ouî^ a\ez cru, lircole miu, vous mettre d'accord avec la \^ertu , parce que vous l'honorez toujours, et avec Omphale, parce que vous êtes toujours amoureux. Mais Omphale, la liberté de TEtat, et la ^^ertu, la liberté de TEglise, sontelles d'acct)rd ?
Omphale tient des propos louches contre la Vertu; elle en autorise de trop clairs. Ecoutez le susurrement des eunuques et les cris endiablés des forbans : ils ne parlent que d'enchaîner cette pauvre A'ertu, cette arrogante, cette importune.
« — Oui, disent-ils; qu'elle soit libre; mais que a sa liberté ne gêne plus la nôtre ! que son silence (( ne nous condamne pas î que son aspect même « ne nous chagrine pas î que ses demeures froi- (( des cessent d'attrister la physionomie de nos « villes !
« Quoi! voir ses processions, entendre ses clo- (( ches, rencontrer ses habits lugubres ? Bien plus,
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« elle tiendrait de plein droit ses odieuses écoles « qui abusent la jeunesse et détournent tant de « belles filles d'entrer dans le corps de ballet?
(( Quoi! elle aurait des lois que nous ne pour- « rions abroger? Elle élèverait ses insolents dis- (( cours contre tout ce que nous aimons, et ses (( évêques fanatiques et contrariants pourraient parce 1er aussi haut que nous?
(( Quoi ! sous prétexte de liberté , nous laisse- (( rions agir, discourir, penser en liberté des hom- (( mes qui n'aiment, ni n'entendent, ni ne prati- « quent comme nous la liberté? Non, non! Nous Vf connaissons la difficulté de répondre à ces gens- (( là.
c( L'Eglise libre dans l'Etat libre, certainece ment ! Mais si l'Etat n'a pas la clef des éco- (( les, l'inspection des sacristies; s'il ne peut pas « fermer la bouche de l'Eglise, — et même Tou- (f vrir, — alors l'Etat n'est plus libre; TEglise de- « vient un Etat dans l'Etat. »
^ ous reconnaissez ce langage, Ercole, et vous savez qu'ils en disent bien d'autres. Vous savez que les plus impudents n'osent pas dire tout ce qu'ils osent penser, n'osent pas penser tout ce qu'ils oseraient faire. Ecoutez maintenant la Vertu :
(( Mon fils , vous dit-elle , que me conseillez- (( vous et qu'espérez-vous ? Ne savez-vous point (( que je leur suis à charge, et que si je demeure « encore sur la terre, c^est uniquement parce que « Dieu m'a donné l'immortalité ?
« Ignorez-vous que je dois les contredire et (( qu'ils ne le veulent point : Ignorez-vous que (( j'ai des paroles à prononcer et des œuvres à c( faire dont ils ont horreur? Ignorez-vous que je « suis Tautorité et qu'ils sont la révolte ?
(( Quand même je pourrais consentir à me taire, (c ils ne me supporteraient pas. C'est peu que je (( taise la vérité, ils me demandent de proclamer (c Terreur. Voulez-vous que je ne fasse pas ce que (( j'ai à faire, que je ne sois pas ce que je suis ?
(( A cela je ne gagnerais rien, et le monde ne « gagnerait rien. Le monde n'existe que pour moi, (( afin que je le remplisse des lumières de Dieu. « Or, leur liberté est de se persuader et de perce suader au monde qu'il y a un autre Dieu que (( Dieu.
(( Ma liberté est sainte et sans tache. Elle a (( constitué les sociétés sur les notions les plus (( douces de Tamour, sur les bases les plus claires « du devoir. Par ma liberté j'ai créé et mainte- <f nu Tordre entre les hommes; par elle j'ai mené i( les âmes à Dieu.