‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 87 sur 230 · FN CARAVANE · texte numérisé non relu

FN CARAVANE

l'ardeur de combattre et de ne pas blesser, le besoin de donner Dieu et de se donner lui-même, qui le poussent en avant, dans une joie perpétuelle? Comment aurait-il vécu sans joie, et que serait devenue au milieu du monde la source pure de sa joie? Il a donc été prêtre; il ne pouvait être autre chose.

Mais dans ce prêtre il y avait du soldat et un peu plus que la mesure commune. Il s'est arrangé pour être soldat. Il s'est précipité dans un hôpital militaire. Là, il a trouvé ce qu'il cherchait : les discussions, le combat, les conquêtes, le franc-parler. Que ses soldats sont mignons ! Quelles bonnes petites âmes , ingénues , pacifiques, cordiales! Il en raffole. Et pourtant il place une chose au-dessus de l'armée française : c'est Rome. Pour contenter à la fois ses deux flammes, monsignore Agostino fait sa principale récréation d'enseigner Rome aux soldats.

Don Lîiigi était chasseur de Vincennes , sergent et protestant. La miséricorde divine lui envoya une bonne fièvre qui le mit dans l'hôpital de monsignore Agostino. Ils causèrent. Au bout de fort peu de jours , le prêtre dit au soldat : « — Nigaud, pourquoi es-tu chasseur de Vincennes, et surtout pourquoi es-tu protestant ? Le bon Dieu te veut catholique et prêtre. » L'autre n'a-

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vait jamais pensé que le bon Dieu s'occupât de la croyance des chasseurs de Vincennes. Dans tous les cas, il estimait que sa principale affaire était de passer officier.

On argumenta. Monsignore Agostino avait raison. C'était bien lui qui savait ce que le bon Dieu s^était proposé en créant ce bon garçon qui se croyait né pour être officier aux chasseurs de Mncennes. Le sergent, guéri de sa fièvre, passa de rhôpital au séminaire. Il est prêtre : et même les épaulettes de capitaine , même le cheval de commandant , même la croix d'honneur n'éveillent en lui aucun regret. Quel jour pour Monsignore Agostino, que celui où d'un soldat de son armée française, il a fait un prêtre de sa Rome !

Tels sont nos compagnons et nos guides dans le voyage de Subiaco. Et c'est être né sous une étoile heureuse, d'avoir à faire pareil voyage en pareille compagnie.

Obéissant aux inspirations de l'hospitalité, les deux prélats ont pris chacun une charge. L'hospitalité ! un des anges de Dieu , que sa miséricorde a laissé ici-bas pour empêcher les hommes d'oublier tout à fait qu'ils sont frères.

Monsignore Pietro-Paolo s'est muni de livres ,

TN CARAVANE. SSj

comptant pour rien la bibliothèque de son cerveau, qui n'est pas une bibliothèque de volumes dépareillés , comme il y en a tant. Monsignore Agostino est guide ; don Luigi, fourrier.

Nous, nous sommes les hôtes. Nous dirons où nous voulons aller , et Ton ira ; nous questionnerons, et Ton répondra ; nous nous mettrons à table, et Ton servira ; et si nous en avons le désir, on nous lavera les pieds; et si nous roulons dans un précipice, on nous donnera l'absolution .

Nous voilà partis par le plus beau temps du monde. Soleil doux, campagnes vertes, horizons d'azur, quelque poussière pour achever Tillusion de l'été. Nous avons en outre la plénitude de cette joyeuse humeur qui baigne la pensée, quand Tamitié rit autour d'elle sous un ciel dénient.

La campagne de Rome offre toujours trois plans, un lointain montagneux magnifique, et cet air qui dessine tout. Nous nous expliquons ainsi, me disait un peintre, sa beauté que tout le monde sent, sa beauté invincible. De tous les barbares elle a fait des Romains.

La beauté de la terre natale, ce mystère qui

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donne un attrait à la Champagne pouilleuse, est ici sensible à tout le monde, parce que Rome est la terre natale de tout le monde.

Dieu Ta voulu.

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