‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 90 sur 230 · SAN-COSIMATO. — PAYS A RÉGÉNÉRER · texte numérisé non relu

SAN-COSIMATO. — PAYS A RÉGÉNÉRER

avait l'air tres-malheurenx. » Cet air très-mal- \lieureux fait l'effet d'un emplâtre sur un visage fardé. Mais aussitôt le poète se relève, jetant de belles fleurs à pleines mains.

Il cite quelques pages de Bossuet sur saint Paul. Nous les lûmes. Quelle différence entre cet homme de lettres qui ne veut rien dire que de beau , et cet évêque qui songe uniquement à ne rien dire que de vrai! Rien n'est beau que le vrai.

SAN-COSIMATO. — PAYS A REGENERER.

Nous partons de grand matin pour Subiaco. Le jour nous apparaît dans ces aimables montagnes, et chaque pas nous les montre sous des aspects plus charmants. L'Anio coule au pied des rochers que la main de l'homme a fertilisés par des travaux sans relâche. J'atteste que la campagne romaine est cultivée !

Déjà les cuhivateurs besognent. J'atteste que ce peuple n'est pas dévoré par la paresse ! Les crêtes sont couronnées de hardis villages dont les vieux remparts font encore bonne mine. L'homme a été longtemps sur le pied de guerre au milieu de ces

jardins. Mais heureux les peuples, lorsqu'ils faisaient la guerre et gardaient leurs murailles ! On leur prépare une paix plus gênante.

L'air est tranquille. Malgré le givre qui couvre la terre partout où les rayons du soleil n'ont pas encore touché, il fait frais plutôt que froid. Dans quelques champs on brûle des herbes, la fumée s'élève droite et fine. Elle nous fait penser aux sacrifices du Patriarche dans la vallée de Mambré.

A San-Cosimato , nous rencontrons celui que nous allons voir et honorer, notre bienheureux père Benoît. Le monastère de San-Cosimato est bâti sur les premières grottes où saint Benoît s'est réfugié. Les Franciscains qui l'habitent n'y sont guère moins pauvres que lui.

Don Luigi nous dit la messe dans l'église du couvent. Après la cioccolata, cordialement offerte et cordialement acceptée, nous visitons les grottes ouvertes dans les flancs du roc, sur le bord de TAnio, à une grande profondeur. Site violent et âpre, plus beau que le précipice soigné de Tivoli.

Et sans vouloir blesser en rien, ni les oreilles longues, ni les oreilles saintes, qui ne peuvent entendre déprécier Horace, — avec le plus grand respect pour les gens de bien qui goûtent la morale d'Horace,

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J'oserai dire qu'autre chose est de voir les lieux où acheva de chanter Horace, et les lieux où commença de prier Benoît ! — C'est donc ici le premier berceau de Tordre monastique en Occident.

Ici, déjà, des compagnons de saint Benoît, trouvant que la discipline à laquelle il les soumettait s'éloignait trop de ce l'esprit moderne, » essayèrent de l'empoisonner. A présent on est plus expert : on compose des brochures. Puisse Pexorcisme faire sortir le venin de la brochure, comme il le fit sortir du vase , sous forme de reptile ! Et il ne restera qu'un breuvage très-plat.

Depuis Tivoli nous trouvons encore du costume. Ces paysans sont réfractaires au goût moderne. Culotte et veste bleues, veste jetée en manteau, chapeau mou , bas blanc ou bandelettes , souliers carrés et robustes-, le tout de grand style.

L'allure est fière et forte, digne, parfois, jusqu'à la majesté. Donnez à ces paysans le pantalon, la ■casquette et la blouse, je réponds qu'ils ne tenteront plus les peintres. Le costume est un grand élément de dignité. Il doit dessiner la forme ou l'envelopper magnifiquement.

Nous nous sommes faits des habits qui n'enveloppent pas et qui ne dessinent pas, — com-

modes seulement pour le travail. Et le travail, qui en a réglé le dessin, en a encore imposé la matière, qui est vile, et la couleur, privée de joie. L'ignoble travail, le dieu de Voltaire I

Ces paysans ne connaissent encore que le travail imposé de Dieu, et ils ont encore des habits nobles et souriants. Tant que Dieu leur sera laissé, ils conserveront leur costume, coloré comme le ciel et comme les fleurs. Je m'attriste à penser qu'ils finiront par prendre aussi la livrée du travail (( économiste, » les cotonnades couleur de terre ou couleur de fumée.

Le Piémont leur donnera cela, avec sa cocarde illustre ; il y joindra les journaux à un sou, qui leur apprendront que Dieu, s'il existe, ne s'occupe pas d'eux , et que c'est une chose entièrement inutile de prier les saints, et entièrement absurde de les vouloir imiter.

En ce temps-là , on leur mettra un fusil sur l'épaule, et on les enverra passer leurs belles années dans une caserne au loin, ou pourrir dans un camp, ou tuer et se faire tuer ils ne sauront pourquoi ; et ils payeront en impôts un peu plus qu'ils ne toucheront en pensions de retraite, s'ils reviennent.

Les femmes sont en robe courte de couleur

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\ive, la taille serrée dans un corset extérieur rouge ou vert égayé de rubans. Un voile blanc à plis et brisures est posé sur leurs cheveux lourds. Elles apprendront à vendre leurs cheveux ^ — et si c'était tout î

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