‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 91 sur 230 · SUBIACO. — SAINT BENOIT · texte numérisé non relu

SUBIACO. — SAINT BENOIT

Arrivés à Subiaco, tout de suite nous escaladons la montagne. Maintenant nous sommes chez saint Benoît. Il est présent, il est vivant. Je renvoie à V Histoire des moines d'Occident i] ceux qui voudront connaître la vie du patriarche européen. C'est un beau livre, les pages consacrées à saint Benoît sont particulièrnment belles.

Nous nous les rappelons en gravissant la montagne. Je les ai relues depuis, non sans pleurer. L'amitié de Benoît et de sa sœur Scolastique est peinte de couleur céleste. Quels adieux se firent sur la terre ces deux âmes saintes ! Elles s'aimaient tant que la certitude d'être réunies au ciel ne pouvait arrêter le cours de leurs larmes.

;i; Par M. le comte de Montalembert.

Scolastique, pour garder son frère quelques instants de plus, pria Dieu de faire un miracle qui contraignît Benoît d^enfreindre sa règle; et Dieu, docile à l'amour, déchaîna soudain un tel orage que Benoît fut bien forcé de rester. Il gronda sa sœur, mais je me persuade qu'il ne reprocha rien au bon Maître. O Père qui êtes dans les cieux, que votre douceur est reconnaissable à ce trait !

Il y a deux monastères principaux sur la montagne. Le premier porte le nom de Sainte-Sco- Jastique. Il est très-ample, très-noble et très-beau. Le second est le Sacro-Speco , la grotte sacrée. Benoit s'était réfugié dans ces hauts rochers ; il y avait trouvé un coin où il pouvait se blottir.

Benoît était un jeune patricien qui n'avait jamais rien fait d'éclatant en aucun genre. Il fuyait le monde, uniquement pour n'être pas pécheur. Il jeûnait, il priait, il veillait, il châtiait sa chair. Il ne se proposa ni d'instituer une école, ni de laisser sa mémoire parmi les hommes ; il se pro posa seulement de vivre pur sous le regard de Dieu.

xMais ce qui sortit de là, par la grâce de Dieu,, fut plus grand que le chêne sorti de la

SLBTACO. — SAINT BKNOIT. :>47

graine qu'un enfant a jetée sur le bord du chemin* plus grand, plus durable que tout ce qu'ont ouvré le génie et Pépée. Après Tarbre de la Croix, ■qui est la sainte Eglise romaine, Dieu, ce me semble, n'a rien planté sur terre qui soit devenu plus magnifique et qui ait donné tant de fruit.

C'était au cinquième siècle. Dans le monde, il n'y avait plus que des forces destructives. Dieu jeta parmi ces rochers ce jeune homme, cet enfant nu, pour épouser la pauvreté et engendrer d'elle une race de héros qui résisteraient à tout, vaincraient tout, sauveraient ou reconstruiraient tout.

L'on pouvait se demander où serait l'abri de la civilisation, l'outil de l'Eglise? Tout était là, en 'germe, dans ces roches de Subiaco. Là s'était élevée une maison de plaisance de Néron. Là, avec Benoît, se formait le grand séminaire de Jésus- Christ -, pépinière des évêques , des papes , des docteurs, des conquérants pacifiques, des invincibles martyrs, des civilisateurs du monde.

Voilà pourquoi, autour de la grotte de Benoît, l'amour a bâti, a suspendu ce monastère, sur la paroi du haut rocher, comme l'hirondelle plaque son nid au flanc d'un mur. Construction étrange et téméraire. Puisqu'elle existe, il faut bien comprendre qu'on l'ait faite. Ce qui demeure inexpli-

cable, c'est qu'on Tait tentée. Il y fallait l'amour.

Tout a tieuri. On a apporté les ma^b^es précieux, les métaux précieux ^ on a revêtu de toutes les magnificences ces pierres qui ont été Tencensoir où Pâme de Benoît s'est consumée comme un parfum précieux. Voyez ce que peut la prière : elle a tout transformé, tout transfiguré; et voilà que cette tanière est devenue Tune des brillantes demeures du Dieu vivant.

Partout où Benott a reposé son corps meurtri par la pénitence, il y a une chapelle. On a conservé le lieu où il se roula dans les épines pour vaincre un assaut plus périlleux du démon. Les épines y sont ; les siècles n'ont pu arracher ces broussailles. Un jour François-d'Assise y vint prier ; il pleura , et les épines ont donné des roses.

Que Pâme se sent bien ici, et que Dieu la travaille d'une main forte et tendre ! En le remerciant des ses faveurs, il faut lui demander pardon d'en garder si peu le fruit. C'est Poccasion de savourer la miséricorde qui nous fait part des mérites infinis de Jésus et des mérites surabondants des saints. Filii sanctorum siimus. Nos pères nous ont laissé des trésors. Avec allégresse, nous puisâmes Pindulgence au large trésor de notre père Benoît.

Page 1