‹ Le parfum de Rome;Chapitre 18 sur 96 · CIVITA-VECCHIA—TRIO DE SERGENTS · texte numérisé non relu

CIVITA-VECCHIA—TRIO DE SERGENTS

Ainsi, une fois, Civita-Vecchia me parut ce que j'avais vu de plus charmant.

Elle n'a pas tout perdu; elle est toujours le seuil de Rome! Mais du premier enivrement à l'heure présente, il y a loin !

J'entre dans mon vieux café. Il est plein de bruit. A travers la fumée des pipes, je reconnais deux figures : la madone et le Constitutionnel.

Près de la table où je m'assieds, trois jeunes sergents français boivent de la bière. Leur conversation mousse beaucoup, sitôt qu'ils me voient.

J'y démêle quelque dessein de m'éblouir. L'un conte avec de grands rires comment il a vu marier l'objet de son premier amour.

Riant plus haut, l'autre dit comment il a bien effrayé sa bonne femme de mère par la vigueur de ses blasphèmes, dont il donne des échantillons.

Ces garçons parlent correctement. Us ont fait leurs classes. Entre les deux qui posent en sacripants pour exciter mon admiration, le troisième prend la pose de sage, et sourit à l'illusion de la jeunesse qui croit n'avoir plus d'illusions. C'est lui le vrai désillusionné; il veut m'en convaincre.

C'est lui qui ne croit à rien, ni à l'amour, ni à la famille, ni à Dieu, ni à l'épaulette, ni à la vie. . . . Le roman-feuilleton partout !

Ces trois petits sergents sont trois romansfeuilletons, et je dirais bien quels sots les ont signés ; mais plutôt sortons de ce mauvais air.

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