PALO
Sur la solitaire et très belle route de Civita- Vecchia à Rome, il y avait au temps jadis, un lieu étrange, presque sinistre, charmant à voir. Le chemin de fer l'a avalé. On le nommait Palo.
C'était une vaste et imposante masure, assise sur le roc, les pieds dans la mer. Là logeaient pêlemêle la douane, la gendarmerie, la poste, et je ne sais quoi encore qui se donnait pour auberge.
L'ensemble ne ressemblait à rien de connu. Tout avait un caractère de délabrement noir et fier: une ruine qui ne se plaint point, qui ne se trouve point à plaindre, qui n'entend point qu'on la plaigne !
Je me représentais ces fils de grande race, déchus, mais qui n'échangeraient point leur blason décoloré pour toute la gloire de la banque. S'il existe aujourd'hui de ces gens-là, je l'ignore.
Dans la salle d'auberge de Palo, l'on voyait une madone et sa lampe allumée, des fusils au manteau de la cheminée, une sorte de vieille table brune pour tout meuble. L'horloge était arrêtée.
Pourquoi une horloge là où le temps est sans mesure ? La fille d'auberge regardait l'espace. Elle tourna lentement la tête pour voir quel indiscret se permettait de lui demander un verre d'eau.
Son attitude avait intimidé M. Osselet, Coquelet de ce premier voyage. Il m'en parla longtemps.