‹ Le parfum de Rome;Chapitre 29 sur 96 · PAUL, PRISONNIER DU CHRIST · texte numérisé non relu

PAUL, PRISONNIER DU CHRIST

rière ces murailles, prescrivant des lois que jamais empereur n'eût osé donner, que jamais empereur n'aura le pouvoir d'abolir?

Paul, apôtre du Christ et docteur des nations! Il disait de lui-même cette chose magnifique: «Je suis établi docteur des nations dans la foi et la vérité de Jésus-Christ. » Il se glorifiait de ne savoir rien des sciences humaines, de ne savoir que Jésus crucifié; mais c'était de Jésus-Christ même et non des hommes qu'il avait appris à connaître Jésus-Christ, et je ne m'étonne pas qu'il ait vaincu le monde. — Il a donc vécu là !

Là, prisonnier, — Paulus, vinctus Christi Jesu, — il écrivait aux Éphésiens : « Priez, afin que Dieu me donne d'annoncer librement l'Évangile, même dans les chaînes, et que je le publie avec hardiesse, comme je dois. » Là, déjà fatigué par l'âge, — Paulus senex, — aj'ant besoin d'assistance, il se privait pourtant des services de l'esclave fugitif Onésime, pour le renvoyer à son maître.

Mais, lorsqu'il le renvoie, quelles paroles nouvelles dans le monde s'échappent de son cœur, et de combien d'esclaves cet esclave qui retourne sous le joug ne porte-t-il pas la liberté!

« Je vous prie pour mon fils Onésime que j 'ai engendré dans mes liens. Je vous le renvoie et je vous prie de le recevoir comme moi-même, non plus comme un simple esclave, mais comme celui qui d'esclave est devenu l'un de nos frères bien-aimés, qui m'est très cher, à moi, et qui vous le doit être encore beaucoup plus, étant à vous et selon le monde et selon le Seigneur.

« Que s'il vous a fait tort, ou s'il vous est redevable de quelque chose, mettez cela sur mon compte. C'est moi, Paul, qui vous écris de ma main, c'est moi qui vous le rendrai. Oui, frère, que je reçoive de vous cette joie dans le Seigneur! Donnez-moi au nom du Seigneur, cette consolation! »

Quelle tendresse dans cette âme de héros! Un prédicateur ne voulait que le caractère et la vie de saint Paul pour prouver l'Évangile. En effet, tout l'Évangile, toute sa sublimité, toute son ardeur, toute son humilité et toute sa charité est en lui. Et comment ne pas croire à la divinité de l'Évangile, puisqu'il fait de tels hommes!

Paul a souffert tant de travaux, subi tant d'injures, et il demande que l'on prie afin qu'il parle avec hardiesse, «comme il doit! » Ravi au ciel, il a vu Jésus-Christ, son propre sang entre les mains, intercédant comme pontife et s'offrant comme victime: et la grandeur de ses révélations comme la grandeur de ses services lui apprend l'humilité; il se fait le père, le frère et la caution de l'esclave !

Ainsi parla Fra Gaudenzio; et nous posâmes nos lèvres sur la muraille de Santa Maria in via Lata.

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