DES PAPES D'AVIGNON
tenir la Papauté. Un pourceau passa, le beau roi Philippe tomba de cheval et mourut. Sa dynastie tourna mal.
Pétrarque, mon Coquelet, n'est pas ce que je connais de plus aimable. Il a fait force vers latins. Il était archidiacre et chanoine lorsqu'il chantait Laure; il possédait plusieurs bénéfices lorsqu'il déclamait contre l'avidité des gens d'Église; il critiquait le Pape et il admirait Cola de Rienzi.
Les Papes d'Avignon furent de vaillants papes. En exil ils ne déposèrent pas la couronne temporelle : gouvernant l'Église avec une vigueur que la durée des tempêtes ne découragea point, ils affirmèrent le droit de la Papauté, ils le firent prévaloir.
Cependant Pétrarque invectivait contre les religieux et dépensait sonnets sur sonnets en l'honneur de la beauté de Laure. Et Laure avait onze enfants, — onze ! Si la chère dame prenait plaisir à ces sonnets, cela lui fait moins d'honneur que ses onze enfants.
Les Papes instituaient des universités malgré les princes et malgré les villes; ils créaient des évêchés, confirmaient des droits injustement contestés, faisaient élire des empereurs; ils publiaient des croisades. Comme princes séculiers, ils substituaient le vicariat apostolique à la suzeraineté féodale; ils faisaient bâtir des forteresses dans leurs États.
Avez-vous, Coquelet, fréquenté les Rime del Petrarca? J'ai exploré les Sonnetti, les Canzone, le Trionfo d'amore. Vingt degrés de froid partout ! Ce chanoine amoureux n'était pas plus amoureux que
chanoine. Il était latiniste, voilà son cas; et il penchait au calembour.
Clément V ordonna de fonder de nombreuses écoles de langues orientales. Si l'on avait laissé résoudre la question d'Orient par les Papes, elle serait résolue! Les Papes auraient détruit l'Islamisme, plus encore par l'esprit que par le fer.
Clément V a publié les Clémentines, acte de législation suprême; et il lutta contre la dureté séculière qui refusait les secours spirituels aux condamnés à mort. Si l'on avait laissé les Papes régler le droit, de bonne heure la peine de mort n'eût que rarement affligé les codes chrétiens.
Jean XXII commença la lutte contre Louis de Bavière, le Piémontais du quatorzième siècle, — chaque siècle a eu ses Piémontais! — Benoît XII réforma Cluny; Innocent VI publia la croisade contre les routiers; Urbain V, comme Benoît XII, mourut en odeur de sainteté; Grégoire XI recouvra Rome.
Messer Pétrarque, ayant triomphé dans Rome, à titre d'empereur des syllabes latines, courut l'Italie, faisant des affaires et des vers. Il avait cru que le ridicule Rienzi, le Garibaldi du moment, relèverait Rome et le monde. Un peu vieilli, un peu plus sage, il donna quantité de prose. Les platitudes n'y manquent pas.
Prenez la peine de lire la prose des Papes d'Avignon. Leurs bulles, brefs, encycliques, allocutions et instructions posent d'une autre façon la doctrine, corrigent autrement les vices, redressent autrement les erreurs; et tout est d'une autre littérature!