‹ Le parfum de Rome;Chapitre 6 sur 96 · DES PAPES D'AVIGNON · texte numérisé non relu

DES PAPES D'AVIGNON

En somme, les Papes habitèrent Avignon par un dessein de Dieu, qui ne devint visible que plus tard. Alors furent punies et purgées Rome et l'Italie, où depuis des siècles les Papes ne cessaient d'être persécutés. Dieu les ramena plus rois qu'ils n'étaient sortis.

Durant l'exil d'Avignon, l'insolence des grandes maisons romaines fut abattue, et il n'y eut plus dans l'intérieur de la ville aucune forteresse élevée contre le Vatican. Rome devint enfin le domaine incontesté des Pontifes. Elle était en ruine, ils la rebâtirent; ils y firent régner la liberté, la justice et la paix.

En cette redoutable période, Dieu montra ce qu'il est pour son Église. Non seulement II lui conserva son esprit, mais II lui prêta son bras. Il lui multiplia les miracles. Le règne spirituel ne subit pas un jour d'interruption.

Après soixante-dix ans, le règne temporel fut rétabli, non par la politique du Pontife qui siégeait dans l'exil, mais en quelque sorte malgré lui. Pour le ramener, Dieu suscita des saints. Quels saints? Des docteurs, des guerriers? Non; des femmes.

Une femme étrangère à l'Italie, une petite princesse du Nord encore sauvage, Brigitte de Suède, réfugiée dans une obscure habitation de Rome, écrivait au Pape de la part de Dieu, et le pressait de revenir. Une autre femme, Catherine, fille d'un pauvre artisan de Sienne, alla le prendre par la main.

Cette humble Catherine, jeune et sans lettres,

remua l'Italie pour le Pontife exilé, fraya le chemin, écarta les obstacles, contraignit le Pape de se mettre en route, accomplit enfin, à force de miracles, une restauration sur laquelle on ne comptait plus.

Si l'on veut voir les misères de l'homme, il y en eut à Avignon. Les misères de l'homme font resplendir les générosités de Dieu. C'est là ce qu'il faut admirer, jusque dans le cœur misérable de l'homme pécheur.

Certains Papes d'Avignon semblèrent parfois vouloir oublier Rome. Ils obéirent à Dieu et se souvinrent. Ils comblaient de sequins Pétrarque qui leur disait des injures; ils pleuraient à la voix des saints qui les rappelaient au devoir.

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