L'INTOLÉRANCE GOUVERNEMENTALE
Partout on affiche les noms des condamnés, ceux des contumaces, ceux des faillis; on révoque les fonctionnaires dissidents ; on fusille les déserteurs.
Osez dire que vous n'avez jamais révoqué, que vous ne révoquerez jamais aucun agent de votre gouvernement, tel que cuisinières, valets, commis.
Osez dire que par influences et votes, jamais vous n'avez demandé la destitution d'aucun employé, tel que commissaires, ministres, princes, etc.
Vous n'osez! Ah! ah! j'en apprends de belles! Vous avez ôté leur pain à des pères de famille: et pourquoi? pour des dissidences d'opinions! ! . . .
Or je vous défie, Coquelet, d'établir votre droit et de justifier votre sévérité, sans justifier aussitôt le droit et la sévérité du gouvernement pontifical envers l'employé dont vous plaignez le sort.
Pour avoir un emploi public en France, la condition première est d'être Français. On demande ensuite la capacité et l'honnêteté. . . . Une honnêteté quelconque sous forme de cautionnement.
Avant d'admettre un domestique, tout bourgeois s'enquiert. Au risque de provoquer l'hypocrisie, il exige des certificats de bonnes mœurs. Il ne veut pas être volé, ni introduire la corruption sous son toit. S'il est trompé;
Si l'employé est joueur, si la cuisinière fait danser l'anse du panier, si la bonne d'enfant est mormone, il avisera. Mais d'abord il doit chercher l'honnêteté. Je pense que vous n'y manquez pas !
A Rome, le certificat nécessaire de nationalité et
la garantie nécessaire de probité, c'est la pratique de la religion catholique, seule religion vraie, seule religion du pays.
Quoi de plus large, de plus beau, de plus légitime ? Quoi de plus respectueux envers l'individu et envers le pays? Tout catholique est citoyen de Rome, tout citoyen de Rome doit être catholique.
Que vos fonctionnaires soient protestants, juifs, athées, peu vous chaut. Mais s'ils étaient étrangers, méprisant tout ce qui est encore votre foi? . . . L'étranger, à Rome, c'est le non-catholique.
Vous souffririez qu'un fonctionnaire s'abstînt de la messe le jour de saint Empereur. Mais le Gouvernement le destituerait, et vous pardonneriez au Gouvernement. A Rome, l'empereur, c'est Dieu.
Un employé ne fait pas ses Pâques: ici, cette abstention signifie qu'il ne se croit plus tenu d'observer les Commandements de l'Église. Donc il brise avec la constitution du pays.
Il brise avec la nationalité, il outrage la foi du peuple, il parle au peuple une langue étrangère. Il se met au-dessus de la loi qui astreint le souverain et les sujets, et qui est le salut de tous.
Cette loi, il la connaissait et il la confessait. Elle était son titre indispensable aux fonctions qu'il a reçues. Ou il a été hypocrite, ou il s'est mis en état d'incapacité : qu'il en subisse les conséquences.
S'il n'a pas trompé lorsqu'il s'est donné pour bon catholique, et s'il a sincèrement cessé de l'être, pourquoi, en se retirant de l'Église, ne s'est-il pas retiré aussi de son emploi?