‹ Le parfum de Rome;Chapitre 85 sur 96 · VIA APPIA · texte numérisé non relu

VIA APPIA

Nous bâtissons des tombeaux vivants: ce sont nos saintes églises, élevées sur les corps des saints. Nous les ornons d'or, de marbres et de fleurs.

Là, l'encens brûle, la prière chante. Ce ne sont pas des souterrains cachés, mais des lieux ouverts d'où l'on sort avec joie, car on y a puisé la vie.

Je me suis donc promené sur ce vieux pavé de deux mille ans, entre ces ruines deux fois solennelles, squelettes de tombeaux!

Le sol est jonché de marbres brisés, de statues mutilées, d'inscriptions effacées. A travers la campagne immense et nue, se dressent d'autres ruines :

Ce sont les restes des aqueducs qui alimentaient d'eau la grande Rome. Ponts sur la terre pour l'eau, comme on jette des ponts sur l'eau pour la terre.

Les aqueducs sont rompus; tant de travaux n'étalent que le rien de l'homme, comme ces tombeaux morts, qui ne disent plus les noms de leurs habitants.

Par-delà les aqueducs, loin, s'échelonnent des montagnes couvertes de verdure et de neige. Rien n'est si grand. Je vous en apporterai quelques dessins; malheureusement le soleil n'y sera pas.

Le soleil n'a point vieilli comme les ouvrages des hommes. Il est jeune et joyeux. Il rit sur ces montagnes, sur ces neiges et sur ces sépulcres; il y fait pousser des fleurs.

J'ai pensé à vous. J'ai prié Dieu de vous donner la jeunesse éternelle sous le soleil de son éternité;

et j'ai cueilli ces violettes au pied du tombeau de Cécilia Métella.

Cécilia Métella était une très riche dame païenne. On lui fit un de ces grands tombeaux. Le tombeau est resté debout, et le nom de Cécilia demeure sur la terre; il y vivra longtemps.

Mais un jour, secoués de la terre renouvelée, les tombeaux disparaîtront, emportant tout vestige de ce qui n'aura pas été à Dieu. Et les fleurs du baptême resteront aux fronts de vos sœurs, mortes dans la grâce du baptême.

Il ne sera plus question de Cécilia Métella, ni de César, ni de tant d'autres noms : les noms de notre Marie, de notre Gertrude, de notre Thérèse et de notre Magdeleine vivront éternellement.

Et puisque nous sommes les enfants du Maître de la vie, si nous lui restons fidèles, nos noms aussi vivront; et, triomphant, dans le sein de la vie, nous perdrons jusqu'à l'idée de la mort.

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