‹ Le parfum des îles BorroméesChapitre 4 sur 53 · ILS SAVOURAIENT UN CAFE GLACÉ · texte numérisé non relu

ILS SAVOURAIENT UN CAFE GLACÉ

elle n'avait pas encore échangé un mot, l'amusaient par leur seul aspect. Le bonhomme, petit, sec, serré dans une redingote d'alpaga qui ne s'ouvrait que pou" laisser paraître le bord étroit d'un co blanc, donnait de toute sa personne l'impression de la vertu revêche. Sa femme, impeccable, et sans cesse attachée à ses pas, était d'une parfaite laideur. Madame Belvidera ne put retenir un sourire en les apercevant tous les deux, rigides et muets à la petite table où ils savouraient un café glacé. La physio-

ami ? Et son ami ? son ami, qui était-il*, et que pensait-elle de lui ?

À l'ombre de l'hôtel, les conversations se traînaient assez pauvrement. On n'entendait guère que le bruit monotone de la cuiller et de la glace choquant les parois des verres. A un piano éloigné, quelqu'un, d'un doigt languide, frappait trois notes, et l'on commençait une sérénade, aussitôt interrompue. Une torpeur générale paralysait les mouvements.-

Au fond des jardins, le tonneau d'arrosage faisait sa lente promenade,-* et l'on.

Iles Borromées

percevait le crépitement du gravier sous les roues, que semblait éteindre à mesure Fondée semi-circulaire. Vers le nord, les montagnes avaient disparu sous la brume de chaleur ; le lac semblait sans bornes, et de petites voiles blanches donnaient l'illusion de la mer.

Gabriel évitait de parler de sa passion au poète ennemi de l'amour ; mais tous les détours qu'il prenait pour dérober sa préoccupation devaient la mettre en évidence.

Un bruit de voix venu de la route sur laquelle ouvrait la grille du jardin, agita tout le monde. Une bande de gamins courait à toutes jambes en criant : « La Regina ! la Regina !... »

D'un bond on fut debout ; on se précipita vers la grille. Les persiennes de Fhôtel claquèrent ; cinquante têtes parurent aux fenêtres : des hommes réveillés de la sieste en sursaut, et des femmes portant la main à leur cou, rajustant* leur corsage ouvert.

— La Reine ! la Reine !

Dans un simple landau à deux chevaux et au milieu d'un nuage de poussière où se perdaient les épais cheveux blancs de la duchesse de Gênes, on vit, dans le temps d'un clin d'œil, la très belle figure de S. M. la Reine Marguerite. Toutes les dames présentes firent la révérence. On resta figé.

Le bruit d'une seconde voiture suivant celle de la Reine, à une très courte distance, sollicita l'attention et l'on se pressait à nouveau vers la grille, quand la calèche tourna brusquement, et, en pénétrant dans le jardin de l'hôtel, faillit écraser Dante-Léonard- William, souvent distrait.

11 en descendit un monsieur et une dame embarrassés l'un et l'autre d'un fatras de menus colis, et vêtus avec une ^élégance inconfortable. C'étaient des voyageurs français.

— Mon Dieu ! mon Dieu ! fit une voix aigrelette, nous ayons manqué d'écraser un monsieur.. Où est-il? où est-il? Hector, je vous en prie, demandez tout de suite comment il va !...

La nouvelle arrivée était une femme depetite taille, encore jeune et de physionomie chiffonnée.

Le mari qui répondait au nom d'Hector montrait un souci beaucoup plus vif de ses bagages et de la possibilité d'avoir une chambre sur le lac, que de la santé du monsieur écrasé ou non.

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