‹ Le parfume de la dame en noirChapitre 21 sur 26 · I. Historique · texte numérisé non relu

I. Historique

et je vis apparaître dans la cour, le sinistre cortège.

Il faisait alors presque nuit. Une obscurité propice entourait toute chose. Je distinguai cependant Walter que Ton avait mis en sentinelle sous la poterne du Jardinier. Il regardait du côté de la baille, prêt, évidemment, à barrer le passage à qui éprouverait alors le besoin de pénétrer dans la Cour du Téméraire...

... Se dirigeant vers le puits, je vis Rouletabille et le père Jacques... deux ombres courbées sur une autre ombre... une ombre que je connaissaisbien et qui, une nuit d'horreur, avait contenu un autre corps... le sac semblait lourd. Ils le soulevèrent jusqu'à la margelle du puits. Alors j epus voir encore que le puits était ouvert. . . oui, le plateau de bois qui le fermait d'ordinaire avait été rejeté sur le côté. Rouletabille sauta sur la margelle, et puis entra dans le puits... Il y pénétrait sans hésitation... il semblait connaître ce chemin. Peu après il s'enfonça et sa tête disparut. Alors le père Jacques pQussa le vsac dans le puits et il se pencha sur la margelle, soutenant encore le sac que je ne voyais plus. Puis il se redressa et referma le puits, remettant soigneusement le plateau et assujettissant les ferrures, et celles-ci firent un bruit que je me rappelai soudain, le bruit qui m'avait tant intrigué le soir où, avant la décou-

verte de V Australie y je m'étais rué sur une ombre qui avait soudain disparu et où 'je m'étais heurté le nez contre la porte close du Château Neuf...

Je veux voir... jusqu'à la dernière minute, je veux voir, je veux savoir. . . Trop de choses inexpliquées m'inquiètent encore !... Je n'ai que la parcelle la plus importante de la vérité, mais je n'ai pas la vérité tout entière ou plutôt il me manque quelque chose qui expliquerait la vérité...

J'ai quitté la Tour Carrèe, j'ai regagné ma chambre du Château Neuf, je me suis mis à ma fenêtre et mon regard s'est enfoncé profondément dans les ombres qui couvraient la mer. Nuit épaisse, ténèbres jalouses. Rien. Alors, je me suis efforcé d'entendre, mais je n'ai même point perçu le bruit des rames sur les eaux.. .

Tout à coup... loin... très loin... en tout cas, il me semble que ceci se passait très loin sur la mer, tout là-haut à l'horizon. . . ou plutôt en face de l'horizon, je veux dire dans l'étroite bande rouge qui décorait la nuit, le seul souvenir qui nous restait du soleil...

... Dans cette étroite bande rouge quelque chose entra, de sombre et de petit, mais comme

^je ne voyais que cette chose, elle me parut à moi énorme, formidable. C'était une ombre de barque qui glissait d'un mouvement quasi automatique sur les eaux, puis elle s'arrêta, et je vis se dresser, debout, l'ombre de Rouletabille. Je le distinguais, je le reconnaissais comme s'il avait été à dix mètres de moi... Ses moindres gestes se découpaient avec une précision fantastique sur la bande rouge. . . Oh ! ce ne fut pas long ! Il se pencha et se releva aussitôt en soulevant un fardeau qui se confondit avec lui. . . et puis le fardeau glissa dans le noir et la petite ombre de l'homme réapparut toute seule, se pencha encore, se courba, resta ainsi un instant immobile, et puis s'affaissa dans la barque qui reprit son glissement automatique jusqu'à ce qu'elle fût sortie complètement de la bande rouge... et la bande rouge disparut à son tour... Rouletabille venait de confier au flot d'Hercule le cadavre de Larsan..,

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