AVANT-PROPOS
S'il y a lieu de regretter que Pascal n'ait pas écrit le livre qu'il avait projeté, c'est surtout quand on déchiffre le sens d'un de ces feuillets hâtifs, dont les idées n'ont jamais été ramenées à une rédaction définitive. Le Pari est une de ces œuvres de premier jet, recueillie vive et frémissante. Tout montre que l'auteur, en la rédigeant, ne s est pas accordé le temps de la composer. Tantôt il raisonne et plaide, argumentant dans un style pressé. Tantôt il prend des notes lâches, incorrectes, écrivant quand même, quitte à se corriger plus tard. Puis tout à coup le voilà frappé de l'insuffisance du raisonnement ; il cherche un autre moyen de persuasion : il prie Dieu, et il invite l'impie à s'associer à sa prière. Cependant il est muet sur le but qu'il poursuit. Rien avant, rien
après le morceau ne peut nous donner une idée de ce qu'il a voulu en faire. Aurait-il même utilisé celte ébauche ? On ne sait. Et s'il l'avait utilisée, en aurait-il fait une thèse ou une antithèse, une leçon ou une réplique, une objection ou une réponse ? L'aurait-il placée dans un discours, dans un dialogue, dans un roman ? -- Autant de mystères qui restent obscurs, lorsque quelques confidences de Pascal auraient suffi à les éclaircir. Cela nous explique les incertitudes de la critique en tout ce qui touche au Pari. Elle tâtonne ; elle essaye de fixer quelques traits, quelques circonstances historiques d'où l'argument emprunte son caractère. Comme les témoignages précis manquent, elle use de conjectures, et s'aide de comparaisons. Ce système ne vaut pas toujours l'esprit qu'il coûte. Mais qu'y faire ? Le Pari est une pièce de l'œuvre pascalienne qui a été à la fois très célébrée et très calomniée, peut-être précisément parce qu'elle est mal comprise. Cette fortune stimule la sagacité et le jugement des nouveaux venus. Et pourvu que les inductions, qu'ils substituent aux anciennes, soient discutées par eux avec l'unique souci du vrai, elles sont proba-