‹ Le Parisien, comédie-vaudeville en un acte. Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théatre des Folies-Dramatiques, le 20 mars 1837Chapitre 16 sur 20 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

BENJAMIN, puis ÉLISE.

BENJAMIN

0 romantiques! ô auteurs hauts en idées, inspirez-moi!

Air : Elle a trahi ses sermens et sa foi '. Inspirez-moi, sublimes écrivains!

Contrebandiers du superbe Parnasse; Que mes efforts , ici, ne soient pas vains. De votre style , ah : donnez-moi l'audace I Je veux ce soir, vous imiter si bien, Qu'à mon langage on ne comprendra rienl

Voici ma cousine ; attention ! en avant , le drame pur sang!

ÉLISE, entrant.

Savez-vous bien. Benjamin, que mon père est persuadé de tous les contes qu'on lui a faits.

BENJAMIN , à part.

Chaud! chaud!.. (Haut.) Vous dites... ma gracieuse...

ÉLISE

Mon cousin , ce ton nouveau...

BENJAMIN

Croyez-moi, gentille paroissienne démon cœur, ne humons pas le temps en discours frivoles...

ÉLISE

Mais pour Dieu, expliquez-moi...

BENJAMIN

Viens, arc-en-ciel d'Avalon, fuyons dans le cabanon de nos pères... enfonçons-nous jusqu'au menton, dans le chaume rustique; promenonsnous dans les ruisseaux émaillés de fleurs ; mirons nos yeux dans les yeux de nos yeux , et que l'amour calfeutre nos cœurs dans le chaud duvet de ses plumes... (A part.) C'est bien cela, je crois.

LE PAIUSIEX. t9

ÉLISE

Quel désordre dans l'esprit!., ali! moa Dieu ! mon pauvre cousin!., scriez-vous devenu fou?..

BENJAMIN

Oui, fou d'amour et de délire; et mon ame vitriolique et phospliorique s.'allurae au briquet de la prunelle... (Avec une tendresse grotesque.) O mon Élise I à toi mon sang , à toi mon cœur, à toi ma rate!..

Air : Avez-voas va dans Barcelone.

Je t'adore, je t'idolâlrc, Fuyon.s , ù ma divinité , Ton œil assassin qui folâtre , Ton sourcil blond , ton cou d'albâtre Dans le délire m'ont jeté i

Viens, ma biche , ma tourterelle.

Cède à mon amoureux transport ,

Car si tu veux rester cruelle,

Je me fais sauter la cervelle...

A tes pieds , veux-tu me voir mort ?

Veux-tu contempler un corps mort?

Allumons notre ame brûlante Au chandelier de Cupidon, El dans sa coupe bouillonnante , Enivrons-nous, ô ma Bâchante, En narguant le qu'en dira-t-on?

Formons de notre vie entière Une énorme lune de miel , Et malgré ton farceur de père , SIettons les préjugés sous terre , Partageons l'enfer et le ciel I Je veux de l'enfer cl du ciel :

De Vénus prêtresse gentille , Songe qu'en subissant la loi , Je suis comme une pauvre anguille!

Qui dans la poêle se tortille ; Pitié, pitié, pitié pour moi.

ÉLISE

Benjamin , vous m'effrayez !

Encore une fois, fuyons... la nuit , sur son cliar d'ébène, liatifole envoie dans son cachemire parsemé d'étoiles; mais bientôt nous serions pris comme des mouclies dans la mélasse.

ÉLISE, s'en allant.

Courons vite chercher le médecin.

BENJAMIN , la retenant.

Ah ! tu veux fuir, jeune all)anaise aux pieds légers ! lu veux emporter à la semelle de tes souliers mon cœur que tu tn'as volé!

(Il lire un canif de ta poche.) ÉLISE.

Pourquoi prenez-vous un canif?..

BENJAMIN

De par Saint-Jacques de Composiclle , mon patron , je le ferai voir qur- ^i j'ai à mon côté une bonne lame de Tolède , ce n'est pas pour des prunes... (il va pour saisir Élise et l'enlever.)

ÉLlL>E. criant.

Au secours!

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