‹ Le parjure; drame en un acteChapitre 18 sur 21 · SCÈNE XVII BLIZOT, KLEISER, puis Un Soldat · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII BLIZOT, KLEISER, puis Un Soldat

KLEISKR, leprenanl «on poste d'observation, à la fenôtra, et suivant ce qui se passe, avec sa lorgnette.

Ce lâche court bien ; et quoi qu'il en dise, connaît les chemins...

BLIZOT, à part.

Hélas! Prosper traînnnt un blessé, dans une voiturette, peut-il espérer n'être pas rejoint?..

KLËISEH, toujours en observation, pensant tout haut, et laissant échapper de ses lèvres de» phrases qui trahis.tent son émotion et permettent à Blizot de suivre lui-même la marche des événements.

Mes hommes égarés, endos vignes inextricables I... Oderic, cependant, g ignedu terrain... il rejoint presque la voiture,... le voilà tout près du blessé fr;»nçais..

BLIZOT, à part, désespéra.

L*infàme !

KLEISER, fiévreusement.

Malgré cela, les fugitifs vont gagner les lignes

françaises... (Avisant en un coin, près de lui, un fusil tout k. ohargô, qu'il saisit aussitôt :) Il faut... (Résolument.) Je

dois les en empocher I...

Kleiser vise ', Blizot s'élance vers l'ofilciar, trop tard

pour arrêter son bras j un coup de feu s entend. — Silence, durant lequel Blizot, blême, les jeux hagarda, cherche vainement à percer les ténèbres, à voir aussi au loin.

BLIZOT, éperdu, à Kleiser

Est-il tué?

KLEISER, avec calme> sans lever les yeux, qu'il tient fixes sur sa lorgnette, aussitôt après le coup de feu.

L'une des ombres s'est affaissée, et la voiturette ne semble pas continuer...

BLIZOT) il chancelle et se laisse tomber sur un siège, près de la table, l'air atterré.

Assister ainsi à la mort de son neveu, et ne rien

pouvoir, pour le défendre... (Avec douleur, et rage.)

Ahl

KLEISER, laissant sa lorgnette, et se frottant les yeax.

Je ne distingue plus rien... La brume est intense...

(fie tournant vers Blisot, et lui indiquant la soupente ob le soldat que l'on entend, de temps à autre, frapper ou appeler

redouble sas cris :) Délivre ce soldat, enfermé par les tiens.

BLIZOT, sans colère, simplement, indiquant ses iieaa. Puis-je agir, les maihs liées I

KLEISER, après avoir rendu à Blisot la liberté de ses mouvements, le suivant des yeux, son revolver au poing.

Hâte-toi, maintenant, d'ouvrir à ce soldat.

BLIZOT, il se dirige avec calme vers l'armoire de droite, l'ouvre, prend un trousseau de clés, qui y est suspendu, et posant ce trousseau sur la table, près de l'officier^ grai'O' nent.

Délivrez vous-môme votre sentinelle. . Voici ton-

tes les clés de ma maison, vous pouvez les garder, prendre ce que bon vous semblera... (avoo une tristesse profonde, s'affaissant de nouTeau sur l'escabeau qu'il occupait, précédemment, près de la table :) Tout ce qu'il y

avait de précieux ici, tout ce qui m'était cher est parti... hélas! pour ne plus revenir...

KLEISER, sans mot dire, mais les sourcils contractés, les traits durs, ouvre au soldat. Celui-ci, honteux de s'être laissé prendre au piège, paraît confondu à la vue de son chef. L.*offlcier n a pour lui qu'un regard de mépris, et lui fait signe de se tenir en un coin. Le soldat obéit, en silence. Kleiser, alors, se mettant en face de Rlizot, dobout, de l'autre côté de la table, avec intérêt, la voix radoucie. C'est donc ton nev< u, (ll indique d'un geste la campagne lointaine:) qui h dû tomber?

BLIZOT, hochant tristement la tête, sans regarder l'officier.

S;in.s doute, si la voilure s'est arrêtée...

KLEISEK, simplement, d un ton naturel, également sans rudesse, et sans commisération trop marquée.

C'était donc ton neveu, qui avait recueilli, et caché ici l'officier blessé? '

BLIZOT.

KLBISER.

BLIZOT.

KLEISBR.

Je le crois.

Tu l'ignorais ?

Absolument.

J usques à quand ?

BLIZOT.

Jusqu'au moment où j'ai vu, cumine vous, la so' pente ouverte et le foin épars...

KLEI8ER.

Alors, tu as deviné que ton neveu avait, à ton insu,

(i<mné asile à un blessé ?

BLIZOT.

Je n'en ai plus douté.

KLEISER.

Et pourquoi n'as-tu point parlé ?... Tu aurais pu te disculper, prouver ta bonne foi...

BLIZOT, interrompant, et regardant bien en face 1 officier allômand.

Les soupçons, alors, se seraient portés sur mon neveu ; on l'aurait arrêté, il n'aurait pu agir.

KLEISER.

Cependant, tu risquais ta vie, et tu te laissais accabler d'injures imméritées.

BLIZOT, simplemenl.

Prosper, aussi, bravait la mort. (Avec un soupir.) Il est vrai que mon lot, à moi, était plus dur, se laisser insulter et traiter de parjure, ça fait plus de mal qu'un coup de sabre ou «le mousqnet.

KLEISER.

Je te crois sans peine peu habitué à être méprisé, cependant tu as supporté sans plainte nos sarcasmes...

BLIZOT, »e levant, et arec conviction.

J'aurais tout enduré pour sauver un Français /

?CLEISER, à part, d'une voix basse et lombre, arpentant 1* pièce en toua aena.

J'ai l'air d'un bourreau... (piua haut.) L'horrible chose que la guerre I (se tournant vera Biizot.) Tu ne mourras point : je te fais grâce de la vie.

40 LB PARJURK

BLIZOT, areo fierté et ironi*.

Grand merci !

KLEISER> sans paraître offensé.

Cependant, comme il serait dangereux de laisset derrière soi un brave tel que toi, nous t'emmènerons, afin qu'on te conduise au delà de cette frontière..

BLIZOÏ, avec de» accents de désespoir.

Quitter la France!... partir, sans avoir pu ensevelir l'enfant qu'on vient de me tuer, sans même avoir

revu sa dépouille chérie, (se tournant vers Kleiser, aveo véhémence et amertume. ) 11 fallait m'OCcire, moi, COmme

un vieux chien !... et laisser en paix ce garçon, plein d'espoir et de vie...

KLEISER, aTeo tristesse.

Hélas 1 les temps ne me permettent pas d'user de pitié... (Hochant la tète, avec une expression de Tire an* xiété.) J'ai un fils, qui combat près d'ici : qui me dit qu'à cette heure il n'est point tué, par quelqu'un des vôtres ?..

BLIZOT, dressé prêt de Kleiser areo ua éelair lauvage dans lea yeux.

Je l'espère... je le désire I

KLEISER, reculant avec une expression d'horraur.

Tu es cruel I

BLIZOT, se prenant la tète à deux mains

Non : je suis malheureux t... (Bondissant, tout à coup, ea poings crispés vers l'offlcier.) Et c'est toi... toi qui me l'as tué. (indiquant le fusil resté près de la fenêtre.) AveC

.-ette arme-là!... Tu l'as choisi, visé... tu me l'as ravi I

KLEISEH, blême, rigide» «k vibrant d'émotion.

Ce n'est pas moi qui l'ai tué : c'est la guerre... la guerre I...

BLIZOT, mânaçaut avec une exaltation pleine de rage et d« désespoir.

Ah I va-t'en !... tu vois bien que je te hais, et qua |e suis fou I... va-t'en I...

LK SOLDAT, accourant au secoura de son chef, de qui il oroit la vie menacée; et se dressant contre Blisot.

Ohl ohl..

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