‹ Le parjure; drame en un acteChapitre 2 sur 21 · SCÈNE PREMIÈRE PROSPER, ODERIG · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE PROSPER, ODERIG

PROSPER] assis à la table du milieu, en face d'Oderio, joue •ux cartes avec lui. Etalant machinalement des cartes sur la table, et appelant, d'une voix indifférente. Cent, d'as I... (il marque des points, joue ; puis, prêtant

l'oreille à des bruits sourds» venus du dehors.) Ellteilds-tU,.

Oderic, on se bat, dans la Woëvre?...

fi LE PARJURE

ODKRIG, insouciant, jouant à son tour.

Oui; on s'y est battu, hier; on s'y battra encore demain : il faut en prendre son parti !

PROSPER, ramassant les eartes, et areo feu.

Jamais I... (plus calme, arec tristesse.) Jamais je ne me consolerai de rester ici, comme un enfant, tandis que, là-bas les autres se font tuer !...

ODERIG, se carrant, sur sa chaise, et se balançant, per«

sifleur.

Chacun son goûtl... Moi, je me trouve mieux ici, auprès d'un bon feu, en face d'un vin excellent... (u •• Tarse à boire.) — et d'uu ami noa moins appréciable l — que dans les plaines de la Woëvre, où les soldats ont, à cette heure, les pieds dans la boue, et la tête dans la fumée...

u boit.

PROSPJGER, sèchement.

Toi, tu n'as jamais eu de cœur.

ODBRIC, avec un rire forcé.

Merci I... (se versant un second ▼erre, qu'il ride anasit^t.)

Il est charmant, mon ami!

PROSPBR) radouci, mais avec tristesse.

Je veux dire que tu es un jouisseur.

ODBRIG, sufAsant.

Je préfère les bonnes choses aux mauvaises, et j'ai le courage de mon opinion... Je n'agis pas comme ces hypocrites, qui font mine d'envier une part de souffrance, qui soupirent après l'holocauste, qui son' assoiffés d'héroïsme...

PROSPBR, jetant ses cartes, et se levant brusquemeat.

Est-ce pour moi, que tu parles ainsi ?

ODERIG, se levant à 8on tour> et d'un ton conciliant.

Non ; je sais que tu es brave, et que, si tu avais la liberté de tes mouvements, on te verrait, depuis longtemps, transformé en cible tricolore, sous l'uniforme du pioupiou.

PROSPBRj la mine contractée, avec un profond soupir 4« legret.

Ahl si mon oncle avait consenti... Si seulement j'étais majeur... je serais loin d'ici...

ODERIG, d'un air dégagé.

Bah I console-toi... Un de plus, un de moins dans les rangs, ce n'est pas cela qui nous empêchera d'être vaincus I

PROSPER, frappant, avec coidre, un coup de poing sur la table.

Tais-toi!... (n marche> les sourcils froncés, vers son ea«

uarade.) Je te défends de parler ainsi...

ODERIG, reculant d'un pas, et se moquant, le rire un pea forcé.

Bravo I tu es superbe dans cette pose... (Désignant

son camarade, dout il singe l'attitude crâne.) Une statud

de 1' « intrépide »... ou « départ pour la gloire »l... C'est dommage qu'il n'y ait point de sculpteur ici! (Riant.) Ah ! ah!... (Les mains dans les poches, haussant les épaules, et se rapprochant de Prosper, d'un air bon enfant.) Collégien, va !... Tu m'amuses, avec tes grands mots; on croirait que tu es encore à l'école, et que tu déclames une tirade...

PROSPER, un peu décontenancé, et impatienté.

Tu m'agaces... Va-t'en.

ODERIG, ironique.

Toujours gracieux t.. (sur ua ton d« r«proohè.) N'M(i

ee pas toi qui es venu me chercher, dès que ton onclfr a en tourné les talons?...

PROSPER, avec calma et tristease-

J'espérais, en ta compagnie, avec quelques parties de cartes, oublier un instant... (ll soupire avec amertume, en passant la main sur son front.) Ah t...

ODERIG, un peu grondeur.

Eh I bien, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour t'égayer, moi... Ce n'est pas ma faute, si tes idées lugubres te^ reviennent sans cesse à l'esprit...

PROSPER, s'asseyant devant la table, et laissant tomber sa tête dans ses mains.

Non, je ne puis me résigner... (prêtant l'oreiue à d» lointains grondements.) Encore le bruit des canons... (D'un air sombre.) Si du moins j'avais eu achevé mes études, si j'étais médecin.

ODERIC, se promenant de long en large, et sur un ton hurao*

ristique.

Tu pourrais en ce moment exercer ton art sur Ifr champ de bataille : l'ouvrage n'y doit pas luanquer I Tu couperais des bras, des jambes : ce serait une consolation I

PROSPER, avec lassitude, se tournant Ters Oderie.

Assez... tu me fais mal.

ODERIC, sur un ton de sarcasme

Ohf ohl... du sentiment, maintenant... (Riant.) Ma parole, ce garçon-là connaît ses classiques : il jou* tous les je us !

PROSPER, sans écouter Oderic, pr4tant toujours l'oreille aus bruits lointains de guerre.

C'est un engagement sérieux... et tout près d'ici...

OPKRIC» s'approchant de Prosper, et lui frappant lur l'épaula.

Allons, quittons cet air morose! (Railleur.) Qu'est ûonc devenu notre bel entrain de tout à l'heure ?

singeant de nouveau l'altitud'i qu'avait précédemment Prosper, et entonnant la « Marseillaise >. .

« Allons, enfants de la patri...i...e!... »

PROSPER^ aveo un geste d'impatience.

Sors d'ici I

ODKRIC, continuant, de plua en plus goguenard.

« Le jour de gloire est arrivé I... »

PROSPER, frappant sur la table, puia, se levant, furieux Oderic, tu m'exaspères... (Allant à lui, les poins^s crispés.) Tu. . tu m'es odieux I

ODERIC, se reculant, et prenant une chaise, derrière Uquelle ii affecte de s abriter.

Tout beau!., mon général !... tout beau...

PROSPER, saisissant la chaise, qu'il arrache des mains de son camarade.

Je ne veux plus te voir... (il lui montre la porte, et ■èehement.) Va t

Oderic, sans mot dire, continue à reculer devant Prosper, faisant face au public ', il se dirige vers la porte dn fond, se glissant le long du mur, d'un air haineux, sournois et n'osant plus braver Prosper. — Mais, au moment où Oderic va sortir, on entend faiblement frapper et appeler à la fenêtre, à gauche, deuxième plan.

PROSPER, s'approchant de la fenêtre, qu'il enlr'ouvre. Qui va là?... (La question demeurant sans réponse, il ae

fenehe, regarde «t s'éorie.) Un officier français, grièvo-

ment blessé, (a Oderic, qui est demeura iadëoU, prU d» la porta du fond.) Viens m'aider.

Prosper et Oderic aident l'officier à franchir U Unéit; d'ailleurs peu ëlerée.

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