SCÈNE VI PROSPER, GLOSNY
GLiOSNTt le relevant areo peine, aidé par Proiper» et lor*
tant de la soupente.
Si je pouvais, du moins, reprendre assez de force pour continuer ma route I...
PROSPER, avec bonté.
Mon capitaine, je vais vous soigner de mon mieux.
^Ils avancent, vers le milieu de la scène, et Glosny s'asseoit» près de la table. Prosper lui tâtè le pouls.) Vous avez la
fièvre : quelques jours de repos vous seront nécessaires.
CLOSNY, vivement, se redressant par un effort de volonté.
Non : c'est impossible !.. (D'un air résolu.) Demain, 16 repars.
PROSPER, doucement avec tristesse.
Vous ne pourrez marcher...
CLOSNY, portant la main à son genou droit.
Il est vrai; un coup de sabre... (ii se rasseoit ) Mais je souffre plus encore de mon épaule gauche... Une balle, sans doute, y est restée.
PROSPER, commençant à ôter, avec soin, le dolman d« l'officier.
Nous allons voir la plaie... Si je ne puis extraire la balle, du moins essaierai-je de soulager la douleur .,
CLOSNY, 8 arrêtaut, après avoir péniblement ôtô sa manc.'ia droite, et d un air «ongeur.
Croyez-vous que, dans ce pays, je puisse trouve*
quelqu'un de sûr, pour m'accompagner, et m'aidet^ gagner l'endroit, où l'on m'attend?
PROSPER, suppliant, près de l'ofticier.
Oh! mon capitaine, si vous vouliez... si vous dai gniez me faire l'honneur d'accepter mes services...
GLOSNY, gravement.
Celui qui me suivra risquera sa vie.
PROSPER, avec élan.
Je vous suivrai, je vous guiderai, je vous porterai, au besoin...
CLOSNT, ému, regardant Progper avec admiration.
Brave enfant!... (Hochant la tôto.) Je ne puis, cependant, accepter sans que votre oncle sache. .
PROSPER, «e rapprochant encore de l'officier, se penchant vers lui, et un genou en terre, parlant â demi-voix, aveo émotion.
Il saura... (il prend entre les siennes la main du blessé.)
Je le préviendrai... (Avec une joie presque enfantine.)
Nous partirons demain... demain, si vous voulez...
CLOSNY, haletant, à demi-voix et avec vivacité.
Si je tombe en route, si je ne puis continuer, vous
prendrez là... (il porte la main à sa poitrine.) UU... un
sachet... c'est mon portefeuille... une correspondance y est cachée... Vous la porterez à... (il s'interrompt, et indiquant son épaule gauche, avec un cri de douceur.) Ah!... Je souffre atrocement...
fROSPER, dégageant doucement l'épaule blessée du dotman de l'offloier.
Il faut qu'un premier pansement atténue cette dou leur trop vive, mon capitaine... Nous parlerons en« suite de départ...
CL08NY, avec une expression de profonde douleur, se re»versant sur sa chaise.
Attendez... (Regardant Prosper, bien en fac».) EtôB-
vous réellement décidé à m'aceoinpagner?
PROSPER, joignant les mains.
Mon capitaine, je vous en conjure, permettez-le moi! (crânement.) Ne doutez, ni de mon courage, ni de mon dévouement... (Avec persuasion.) Ohl si vous saviez combien j'ai souffert, combien je souffre encore, de mon inaction, vous comprendriez avec quelle joie profonde j'entrevois enfin l'occasion d'être utile à mou pays!... (s'animant de plus en plut.) Je VOUS suivrai... où vous voudrez... je serai ravi d'accomplir une mission périlleuse, et si je tombe frappé par les
balles ennemies... (Se redressant, avec un cri d'enthoa-
•iasme.) je serai bien heureux I
GLOSNY, avec feu, tout en comprimant de sa main droit« ssa épaule gauche, qui paraît le faire affreusement souflfrir. Merci!... (il se relève, par un suprême effort, ohanoell»,
et 83 retenant à la table.) Partons!... oh 1 partons, le plus tôt possible... Me panser serait une vaine lâcheté!... Chaque minu'e passée ici compromet le succès de mon entreprise... Peu importe ma vie, si ma mission est accomplie!
PROSPER, qui s'est précipité, inquiet et ému, T«rt l'offloier, qu'il soutient dans sea braa.
Mon capitaine!
Closny, près de défaillir, appuie sa tMe blême sur l'épauU «le Prosper. A ce moment, des cliqueti» d'armes, el des bruits de voix se font entendre, à la porte du foaif qui est violemment heurtée.
VOIX) à la cantonade.
« Oufrez\... Oufrezl... Nicolas PKzot, maire ti Bloln- (Up oufrei 1
CLOSNY, se ranimant, et portant la main à loa frcntf area
effroi.
Les Allemands!
PROSPER, précipitamment, et à demi-voix* Il faut, en hâte, regagner votre cachette!
n entraîne Closny vers la soupente, oh il l'enferme dé nouveau. Le dolman de l'ofticier est resté sur an* ohaise, près de la table du milieu.