PARLEMENTAIRES SOUS LA RÉVOLUTION
Prêtres et magistrats victime* des révolutions. — Dénonciations contre les magistrats. — Hostilité de l'Assemblée nationale. — L'émigration. — Liste des magistrats émigrés. — Impossibilité pour eux de rester dans leur pays — La France devenue une vaste prison. — Magistrats suspects et incarcérés. — Leur translation à Dijon. — Situation pénible des magistrats en exil. — Leur rentrée en France. — Changements survenus en vingt-deux années. — Magistrats sous 1 Empire et sous la Restauration. — Conclusion et résumé. — Influence, popularité des Parlements à leur début. — Leur existence se confond avec celle de la monarchie. — Parlements frondeurs sous Mazarin, humbles devant Louis XIV, séditieux sous Louis XV, révolutionnaires inconscients sous Louis XVI. — Leurs fautes s'oublient en présence de leur patriotisme, de leur dévouement, des services rendus à leur patrie. — La magistrature nouvelle. — Réformes nécessaires.
Les magistrats n'ont occupé dans ce récit sur la Révolution qu'une place secondaire ; le rôle actif a appartenu aux avocats, parce que le barreau était le tiers état, ne comptait guère dans ses rangs que des plébéiens, et était naturellement désigné pour occuper les fonctions judiciaires et pour représenter le peuple dans les assemblées de la nation. La plupart des magistrats étaient les descendants d'anciennes familles aristocratiques,
jouissaient des privilèges attachés à la noblesse et étaient ainsi partisans du maintien de Tordre de choses ; suspects à ce titre, on devait les exclure des affaires publiques. Ils comprirent eux-mêmes que leur rôle politique était fini ; et dans l'impossibilité de lutter contre le courant qui emportait tout le passé, ils se tinrent à l'écart, s'isolant du mouvement libéral qui s'emparait du pays. Quelques-uns allèrent grossir les rangs des émigrés, ce fut l'exception ; le plus grand nombre resta et attendit, gémissant en secret sur les malheurs de la patrie, espérant qu'en raison de leur inaction, de leur attitude effacée, on les laisserait en paix ; mais les haines révolutionnaires grandissaient, la persécution ne devait pas tarder à atteindre les parlementaires, à sévir contre eux violente et terrible.
La Révolution s'est attaquée surtout aux prêtres et aux magistrats, c'est-à-dire à Tordre social en ses manifestations les plus hautes, les plus noblement dévouées. Prêtres et magistrats ont été de tout temps les martyrs dans toutes les républiques, martyrs en 1793 comme en 1871. La magistrature rappelait des prérogatives odieuses à des hommes qui avaient perdu tout sentiment de justice, à des fanatiques qui avaient juré de détruire non seulement les Parlements, mais la royauté, la religion, la société tout entière. Dominée par des énergumènes et des sectaires, la Convention fit une guerre acharnée à tout ce qui représentait Thonneur, la vertu, la fidélité au malheur, à la foi chrétienne, à la monarchie. Avec la Terreur il n'y eut plus ni miséricorde ni pitié. L'échafaud dévora des magistrats émi-