‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 136 sur 176 · HOSTILITÉ CONTRE LES MAGISTRATS · texte numérisé non relu

HOSTILITÉ CONTRE LES MAGISTRATS

nonts, les chefs les plus illustres, les plus vénérés, de la magistrature, les Malesherbes, les Molé, les d'Ormesson. Un jour, quarante-cinq membres du Parlement de Paris furent envoyés à la mort par les ordres du tribunal révolutionnaire, sur les réquisitions de Fouquier- Tinville. Leur supplice fut presque une apothéose, tant ils surent jusqu'à la dernière heure conserver toute la dignité de leur caractère.

En province, mêmes hécatombes, mêmes assassinats juridiques, car c'étaient bien des assassinats, les accusés n'étant ni assistés d'avocats ni admis à présenter eux-mêmes leur défense.

Toulouse paya à la Terreur le plus large tribut; cinquante-sept magistrats périrent; ils avaient protesté contre la suppression des cours souveraines de justice, ce qui fut considéré comme le blâme de la Révolution. Bordeaux vint en troisième ordre sur la liste funèbre ; aucune protestation ne s'y était produite, mais on trouva d'autres griefs, on frappa surtout les riches, on les condamna pour pouvoir confisquer leurs biens ; on battait monnaie avec la guillotine,

A Besançon les magistrats ne pouvaient être épargnés.

Leur crime était d'avoir obéi à la devise inscrite sur l'hôtel de ville : « Deo et Cœsari fidelis perpetuo, » ils étaient restés fidèles à Dieu et à leur roi, crime irrémissible que les hommes de la Terreur déclaraient passible de la peine de mort. Depuis 1788 ils étaient l'objet d'attaques de la part d'adversaires qui ne désarmaient jamais; on s'efforçait de leur enlever les sympathies, le

respect, rattachement des populations. Ils avaient des ennemis non seulement dans la province, mais parmi les représentants du peuple. On le vit bien lors de l'incendie du château de Quincey. L'Assemblée nationale voulut ajouter foi à toutes les dénonciations dirigées contre le conseiller de Mesmay ; des procès-verbaux inspirés par la haine, adressés à cette assemblée, le signalèrent comme ayant formé l'infernal projet d'anéantir d'un seul coup, par une explosion terrible, les habitants de Vesoul qui se rendraient dans son château, d'avoir lui-même tout préparé pour leur donner la mort. Rien n'était plus faux ; mais l'Assemblée, qui n'était point fâchée d'ameuter le peuple contre la magistrature, délégua à Louis XVI une députation solennelle chargée de lui exprimer « Fhorreur et l'indignation dont l'Assemblée avait été saisie en apprenant un forfait aussi noir. » Cette députation devait « adjurer le roi de faire poursuivre les auteurs du crime, réclamer leur extradition s'ils avaient franchi la frontière. » Mirabeau lui-même lança à ce sujet la plus violente diatribe. Pendant deux années, on se répandit en calomnies contre les Parlements, on représenta ces cours comme animées d'une seule pensée, d'un seul but, l'anéantissement du peuple. Les poursuites demandées eurent lieu, on multiplia les procédures, les enquêtes les plus minutieuses, et après les plus grands efforts pour démontrer la culpabilité de M. de Mesmay, on finit par arriver à la certitude de son innocence absolue. L'Assemblée dut elle-même reconnaître qu'elle avait été trop crédule, confessa son erreur, et mentionna

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