‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 138 sur 176 · PARLEMENTAIRES ARRÊTÉS · texte numérisé non relu

PARLEMENTAIRES ARRÊTÉS

menacés dans leur vie et dans l'existence de leur famille, usaient du droit de se soustraire à un danger qu'ils étaient impuissants à écarter. Renoncer à la patrie où ils avaient vécu honorés, au foyer domestique, était pour eux une cruelle douleur; mais trop d exemples les avertissaient qu'il fallait se soustraire, eux et les leurs, aux vengeances féroces d'implacables ennemis. Entre la misère qui les attendait dans l'exil et la mort qui les menaçait en France, le choix n'était pas possible ; il faut maudire une époque qui force les meilleurs citoyens a s'expatrier; il faut les plaindre, non les blâmer.

Ce n'est pas seulement le magistrat qui dut se résigner à fuir, c'est l'officier en butte aux dénonciations des sociétés populaires et à qui on demandait un serment portant atteinte à son honneur, sur le point d'être massacré par ses troupes, sans autorité sur une soldatesque effrénée ; c'est le prêtre traqué de toutes parts comme une bête fauve; c'est l'honnête homme, le simple citoyen conduit en prison, puis à lechafaud, sans le moindre indice de culpabilité. L'odeur du sang répandu à l'Abbaye, aux Carmes, à Versailles, à Meaux, à Orléans, s'étendait partout ; il n'y avait plus de sécurité que pour les forcenés. La France n'était peuplée que de victimes, de geôliers et de bourreaux.

Les parlementaires qui n'avaient pas voulu fuir furent arrêtés. Il v avait encore des hommes modérés dans le comité de surveillance, et on ne voulut tout d'abord sévir que contre les personnes impliquées dans l'insurrection du 31 mai et soupçonnées de fédé-

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ralismc ; mais après l'arrivée du représentant Lejeune, commissaire de la Convention, les modérés disparurent, et l'autorité resta tout entière aux mains des purs jacobins ; alors tout trembla dans le pays. Le comité révolutionnaire reçut de Lejeune la lettre suivante : « Je suis instruit, citoyens, que plusieurs prêtres insermentés sont rentrés clans ce district. Vous savez que cette espèce d'hommes ne cherche qu'à exciter des troubles et que la loi les a frappés. Surveillez avec soin ces ennemis de notre chère patrie. Employez tous les movens de les découvrir. Je vous autorise à les mettre en état d'arrestation, à la condition expresse de m'en instruire, afin de les dévouer promptement à la juste vengeance de la nation. Salut et fraternité. »

Les mêmes mesures furent prises contre les magistrats. On commença par arrêter les chefs de la magistrature, les présidents de Chaillot, d'Olivet, Lebas de Bouclans et de Terrier. Le premier fut incarcéré par ordre de Lejeune, pour s'être trouvé à Paris à l'époque du 10 août 1792, et les trois autres par ordre des comités révolutionnaires. Il en fut de même des présidents de Gourbouzon et de Rozières.

On les conduisit dans les bâtiments du séminaire, dont les maîtres et les élèves avaient été chassés, et qui avait été converti en une maison de détention; on y enfermait les suspects sans distinction, le noble, l'avocat, le magistrat, à côté du marchand et de l'ouvrier, le royaliste ardent à côté du constitutionnel, du républicain rétrogade; plus tard le séminaire ayant été transformé en un hôpital et ne pouvant contenir tous

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