PARLEMENTAIRES ÉMIGRÉS
cette conclusion sur ses registres 0). Mais le coup était porté, la constatation de l'innocence était impuissante à calmer les préventions, les haines accumulées à dessein par les représentants du pays.
Chaque jour le peuple entendait dénoncer à la tribune les magistrats comme antirévolutionnaires, comme aristocrates, comme tyrans, comme oppresseurs de la nation, La disette régnait, le blé manquait, et on accusait les parlementaires d'accaparement, de conspiration contre le pauvre. Des écrits circulaient, les menaçant de pillage et de mort. Tous les magistrats étaient plus ou moins l'objet d'hostilités dangereuses ; pas un n'échappa aux haines des sectaires, pas un n'eut la faiblesse de faire cause commune avec eux ; dans cette compagnie d'environ cent membres, il n'y eut pas un seul traître, pas un seul faux frère, pas un seul ambitieux jaloux de popularité.
Contre l'anarchie déchaînée, contre les vociférations d'une nation en délire, les parlementaires étaient impuissants; c'est vainement qu'ils eussent imploré la protection de la loi. Quelques-uns durent chercher à l'étranger une sécurité que leur déniait leur patrie ; parmi eux, nous trouvons deux présidents, MM. Mareschal de Vezet, Joseph-Luc-Hippolyte, et Talbert de Nancray, et quinze conseillers :
Amey, Simon-Désiré, conseiller depuis . . 1783 Broquard de Bussière, Claude-Ferdinand. . 1782 Calf de Noidans, Claude-Etienne-Joseph . . 1781
(1) Moniteur du 13 août 1789; du G juin 179t.
370 CHAPITRE Mil.
Chilïet d'Orchamps, Marie-Bénigne-Ferréol-
Xavier, conseiller depuis 1782
Damey de Saint-Bresson, Claude-Désiré- François-Xavier (honoraire) 1764
Damev de Saint-Bresson fils, Béatrice-Fran-
çois-Xavier-Louis 1789
Du Ban, François-Alexis 1763
Hugon, Charles-François-Xavier .... 1782 Lobas de Bouclans, Charles-Alexis . . . 1783 Mareschal de Sauvagney, Marie-Anne-Jean- Baptiste 1787
Marrelier de Verchamps, Antoine-Xavier. . 1782
Masson de la Bretenière, Philippe-Thérèse . 1769
De Mongenet, Charles-Joseph 1783
Varin du Fresne, Claude-Charles-Francois . 1766
Varin d'AinvelIe 1789
A ces hommes cruellement éprouvés, on ne saurait reprocher d'avoir quitté leur pays. Sans doute, le patriotisme leur ordonnait de rester en France, de ne point déserter le soi natal, mais il y avait à côté du patriotisme un autre sentiment, le dévouement au roi, la nécessité de défendre le souverain, sentiment qui dominait au xvni c siècle, surtout dans les classes élevées. En fuyant à 1 étranger, les parlementaires abandonnaient leur patrie, ils restaient publiquement attachés à leur roi. Ajoutons que dépouillés de leurs fonctions, ne pouvant rendre aucun service, privés de toute influence, sans autre alternative que d'être regardés comme ennemis extérieurs en s'expatriant ou comme ennemis intérieurs en restant sur le sol français, les magistrats,