‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 141 sur 176 · MAGISTRATS EX EXIL · texte numérisé non relu

MAGISTRATS EX EXIL

mités que la vieillesse apporte avec elle, mais tous supportèrent sans faiblir les ennuis, les chagrins, les tourments d'une longue captivité. Un jour, des commissaires de la Convention se rendirent dans les prisons. Celui qui vint à Dijon demanda à Bourgon sa profession : « Conseiller au Parlement de Besancon. — Tu veux dire ci-devant conseiller, reprit le commissaire. — Non, répondit le magistrat, la dignité de conseiller a un caractère indélébile. » Charles Weiss, qui avait connu dans ses premières années le conseiller Bourgon, et qui était lié avec son fils d'une étroite amitié, racontait une autre anecdote. Dans leurs haines sauvages, les révolutionnaires avaient incarcéré à Dijon comme à Besançon, non seulement ceux qui combattaient ouvertement les idées nouvelles, mais ceux-là mêmes qui avaient embrassé les illusions patriotiques de 1789, des hommes de toutes les nuances et de tous les partis, le jacobin, le fédéraliste, le républicain, aussi bien que le prêtre, le noble, le parent d'émigrés, le royaliste pur et ardent. Le malheur des temps avait ainsi réuni dans la même Chambre le conseiller Bourgon, ennemi déclaré de la république, et l'avocat Louvot, qui avait, à ses débuts, soutenu dans ses premiers excès cette même république. Tous deux croyaient à une réaction, à une contre-révolution à bref délai. « Si elle arrive, disait Louvot, je serai pendu. — Non, lui répondait Bourgon, vous ne serez condamné qu'aux galères. »

La persécution ne s étendit pas seulement aux parlementaires. Plusieurs membres de leur famille furent poursuivis, incarcérés et même condamnés à mourir ;

c est aznsi que M mc Varin, qui avait accompagné en exil le conseiller, son mari, étant rentrée en France en 1793, fut arrêtée, passa plusieurs mois en prison, et périt sur Féchafaud le 19 juillet de cette même année.

Les magistrats exilés n'eurent pas à craindre pour leur vie, mais ils ne furent guère plus heureux que leurs collègues détenus- Ils consumèrent sur le sol étranger quelques années obscures et en apparence tout à fait oisives. Plusieurs d'entre eux, à leur sortie de France, se rendirent à Coblentz, capitale de l'émigration française, où la plupart des princes de la maison de Bourbon se trouvaient réunis; on se demanda s'il ne fallait pas restaurer, pour la circonstance, l'autorité légale des Parlements ; on fut sur le point de décider qu'ils devaient se constituer en assemblée plénière, et annuler par un arrêté solennel tous les décrets de la Constituante, mesure puérile qui serait restée sans résultat. Les princes se bornèrent à autoriser une réunion des parlementaires à Mannheim. Tous les exilés de Besançon furent convoqués ; treize assistèrent aux délibérations (*). L'assemblée ne comptait que cinquante membres ; les Parlements de Rouen, de Grenoble, de Pau, les cours souveraines du Roussillon et de l'Artois, n étaient pas même représentés. Plus tard, lorsque la même assemblée se réunit à Luxembourg, elle ne se composa guère que des magistrats de Dijon et de Be-

(1) C'étaient les présidente de Vezet et Talbert, les conseillers Varin du Frcsne, de Charmoille, de Voisey, de Mantochc, d'Augicourl, Amey, de Rozières, de Sauvagney, Varin d'Ain vei le, de Saint-Bresson, de Bouclans, et le procureur général Doroz.

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