‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 142 sur 176 · MAGISTRATS EN EXIL · texte numérisé non relu

MAGISTRATS EN EXIL

sançon. Elle était disposée à publier un manifeste, le président de Vezet fit remarquer avec raison qu'un manifeste resterait lettre morte, et « que vingt-cinq parlementaires ne pouvaient se donner comme les interprètes légitimes de la magistrature 0). » Son avis prévalut ; ce fut la dernière tentative de la magistrature française en faveur de la restauration de l'ancien régime.

En quittant Luxembourg, la plupart des magistrats de Besancon se réfugièrent en Suisse, asile, à rôtie même époque, de Philippe d'Orléans, de M mc de Staël, de M. de Xarbonne et de beaucoup de personnages éminei's. Il v avait là de nombreux habitants de Franche-Comté, le prince de Montbarrey, ancien ministre de Louis ÂVI, et qui devait mourir quelques années plus tard à Constance, sans revoir sa patrie; le prince de Saint-Mauris , son fils, colonel du régiment de Monsieur, qui s'était prononcé en 1788, aux Etats de la province, pour la suppression des privilèges de la noblesse, avait été forcé de fuir à l'étranger, et allait bientôt rentrer en France, où il était arrêté comme complice d'une conspiration contre Robespierre, et traîné à lechafaud ; M. de Rans, évêque auxiliaire de Besançon ; M. Bacoffe, curé de Saint-Jean dans cette même ville; M. de Rotalier; l'abbé Jacques, professeur éminent à l'Université de Besançon, qui, à l'âge de soixante ans, donnait des leçons de langue allemande et de français ; l'abbé de Montrichard, un Jurassien qui fut l'homme de la cha-

(I) Le Président de VezeL par M. Pingaud.

rite, et remplit avec autant de dévouement que de délicatesse sa sainte mission.

Alors que de malheureux Français étaient chassés, expulsés, proscrits par mesure de police, ou par le fait des circonstances, des villes de l'Allemagne, de l'Italie, de la Prusse et même de l'Autriche, la Suisse se montra bienveillante et généreuse à leur égard. Dans le canton de Fribourg, les gens riches mirent leurs maisons à leur disposition et leur donnèrent la table et le logement. Chez quelques-uns on chargea le prêtre de l'éducation et de l'instruction des enfants. Les pauvres offrirent libéralement leurs peines et leurs soins. La Révolution avait ruiné les émigrés. Les magistrats se trouvèrent dans une situation difficile ; quelques-uns avaient emporté ce qu'ils possédaient en objets précieux, en argenterie et bijoux, mais les ressources s'épuisaient; des femmes appartenant à la haute magistrature comtoise durent travailler pour subvenir à leurs dépenses, coudre, tricoter, faire du filet, broder, essayer de la peinture, confectionner elles-mêmes leurs vêtements et renoncer à l'élégance des dentelles et des étoffes. La femme d'un président du Parlement enluminait des gravures.

Au milieu des privations et des misères, déportés et émigrés se soutenaient par l'espérance de rentrer un jour dans leur patrie. C'est la pensée qui les faisait vivre. Il n'y a que la France, était devenu un proverbe parmi eux, proverbe qui s'est conservé de nos jours. C'est avec de douloureuses angoisses qu'ils suivirent les agitations de notre malheureux pays, la condamnation, l'exécution du roi, les crimes de la Terreur ; ils

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