‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 154 sur 176 · BUT DE CE LIVRE · texte numérisé non relu

BUT DE CE LIVRE

cirais pouvoir me ilatter d'avoir accompli une œuvre utile.

Tous les Parlements ont eu leur historien : il ma semblé nécessaire de reconstituer le passé d'une grande compagnie judiciaire, gardienne vigilante des privilèges et des institutions de la province, palladium de ses libertés et de ses franchises ; de retracer sa vie publique et privée, d'autant plus curieuse qu'elle rellète plus fidèlement les sentiments, les aspirations, les mœurs de notre pays.

Cette vie privée, provinciale et intime du Parlement, je l'ai racontée avec détails. La révolution qui s'est produite dans la magistrature, dans le mode de gouvernement et dans les idées, nous a fait perdre le souvenir de l'état dans lequel ont vécu nos pères. Ce qu'on a qualifié d'ancien régime est presque inconnu de nos jours; ce mot ne rappelle dans l'esprit de beaucoup de gens qu'une époque d'ignorance ; il était bon de montrer que s'il y avait alors certains abus (quelle œuvre humaine en est exempte ?) , il y avait aussi de grandes choses, de beaux et nobles caractères. Puis c'est surtout pour notre Franche-Comté que j écris, et rien de ce qui la concerne, ni le nom des hommes ni le récit de faits, parussent-ils quelquefois de peu d'intérêt, ne devait être négligé. Le temps n'emporte-t-il pas avec lui beaucoup de documents que bientôt on ne pourra nulle part retrouver? Il eût été fâcheux de les laisser périr. Je ne me suis proposé qu'une chose, mais je l'ai portée jusqu'au scrupule : le respect de la vérité et de l'exactitude la plus absolue, rejetant tout ce qui

n'était pas prouvé. J'ai puisé aux sources et je les rite ; il me fallait des témoins de mon récit, je renvoie ù ces témoins ceux de mes lecteurs qui voudraient le contrôler.

J'ai cru aussi que le Parlement n était pas uniquement l'ensemble des membres siégeant sur les fleurs de lis et investis de la haute dignité de magistrat, que le barreau lui-même ne pouvait être oublié, parce que sa vie était celle de la magistrature de l'époque, parce qu'il participait à sa popularité, parce que l'honneur de la compagnie rejaillissait sur lui, parce qu'il en avait les traditions et les passions, parce que le barreau était en réalité ce que j'appellerais volontiers le Parlement extérieur.

J'ai écrit quelques pages sur la Révolution, pour montrer les destinées des parlementaires sous ce régime de sang, et pour établir à quels excès descend un peuple et combien de victimes innocentes se trouvent frappées, du moment où une nation s'abandonne à l'anarchie, aux luttes fratricides, aux excès de la démagogie.

Je ne dirai pas avec Horace : Exegi monumentum; mais je dirai au moins que j'ai apporté à mon œuvre tout le soin possible, que je l'ai cultivée avec l'amour d'un fils pour l'histoire de son pays, et j'avouerai au en faisant défiler devant moi et les noms chers à

notre province et dont elle s'honore, et cet ensemble de faits qui constituent son passé, j'ai été largement récompensé de mon travail par l'attrait qu'il m'inspirait. C'est avec bonheur que j'ai étudié la carrière de quelques-uns de ces magistrats qui ne voulaient qu'une

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