La Grand’chambre et la Chambre des enquêtes
exemple. Comme le duc d'Orléans, ils engageaient Arnaud à sceller l’acte. Le chancelier lui-même avoua que ce devait être; aveu qu'il avait déjà laissé échapper après l'injonction du duc d'Orléans, sans se décider pourtant à céder. Cette fois encore il refusa. A cette nouvelle le Parlement passa outre et mit au bas de la requète : « Executetur per prepositum Parisiensem et per primum hostiarium. » Aussitôt après, vers neuf heures du matin, le prévôt et le premier huissier allèrent à la Chambre des comptes, où ils ne rencontrèrent que quatre maîtres, lesquels s’empressèrent de quitter la salle, pour ne pas sembler accepter ce qui se passait; néanmoins le prévôt et l'huissier signifièrent l’ajournement au clerc ou greffier (30 janvier). La Chambre des comptes irritée intima, le 45 février, à d’Aigny l'ordre de venir le lendemain répondre de sa conduite, sous peine de payer une amende considérable. La ruse était habile : si d'Aigny n’obéissait pas il était condamné, s’il obéissait il n’était pas présent à l’appel de sa cause plaidée ce jour-là au Parlement, il était mis en défaut « et par ainsy ledit d'Aigny incideret in Scillam, cupiens vitare Caripdim ». Il vint au Parlement dès le début de l’audience, entre six et sept heures, demandant « remède ou provision». La Cour « qui est benigne et charitable et juste, volans le rendre obeissant aux dictes gens des comptes, attendus son office, volens aussy à luy garder son interest », commença par juger sa cause. Comme l'adversaire répliquait, survint un secrétaire du roi porteur d’une lettre de la chancellerie qui demandait le renvoi de l’affaire à quinzaine. Îl était trop tard, l'affaire fut appointée en droit (16 février), au grand dépit des gens de la Chambre des comptes, ainsi que l’atteste le greffier Nicolas de Baye qui en prend occasion pour critiquer leur conduite et celle de leurs protecteurs : « facile vobis amicos de Mammona ini-
quitatis' », et il ajoute, d’après Saint-Augustin : Quod sunt regna nisi latrocinia, perdita justicia (23 février).
Néanmoins, la lutte continua. Le vendredi 24 février, fête de l’apôtre Saint-Mathias et par conséquent jour où le Parlement n'avait pas d'audience, il y eut une assemblée à la Conciergerie du palais ; on y remarquait : le chancelier, Simon de Cramaud, patriarche d'Alexandrie, les évêques de Noyon, de Bayeux, de Meaux, d'Evreux, d'Arras et de Chartres, douze ou quinze conseillers du Parlement et plusieurs maîtres des comptes ; le chancelier devait, ainsi que le roi le lui avait ordonné, écouter les doléances de ces derniers; ils n’ouvrirent pas la bouche ; alors Jean de Popaincourt, premier président de la Grand°chambre, déclara que « de toute loy un subgiet du royaume grevé avoit et devoit avoir recours par appel à son souverain, et que pour ce estoit ordonné le Parlement, et ce estoit le grant interest du Roy et de son royaume ». Les représentants de la Chambre des comptes répliquèrent qu'ils ne répondraient qu'en présence du roi; celui-ci leur avait accordé des lettres dans lesquelles 1l défendait au Parlement de ne pas aller plus loin que l’appointement parce qu’il-évoquait la cause. Cependant il changea bientôt d'avis et permit au Parlement de continuer et de juger, Le 45 mars deux huissiers, Aleaume Cachemarée et Guillaume de Lépine, allèrent sommer la Chambre des comptes de leur remettre tous les documents relatifs à cet appel. Le Parlement finit par triompher *. |
Par ces exemples on voit qu’en réalité il n’y avait pas de