‹ Le Parlement de Paris de Philippe leBel à Charles VII (1314-1422)Chapitre 108 sur 336 · Arch. Nat., Xia 12, f · texte numérisé non relu

Arch. Nat., Xia 12, f

3. Félibien, op. cit., Preuves, t. II, p. 544. — C. Jourdain, Index chronoloyicus chartarum, p. 198, n° 871.

mière informée par les marchands de la qualité des parchemins mis en vente et d'acheter immédiatement après le roi. Le procureur général fit faire une enquête pendant laquelle le parchemin en litige fut mis en la main du roi \

Les privilèges exhorbitants des écoliers étaient tellement protégés par les papes et par les rois, on craignait tant de voir l'Université cesser ses cours, les étudiants aller ailleurs et faire par là tort au commerce parisien, que le Parlement sévissait, avec une sévérité rigoureuse à l'excès, contre quiconque violentaitles écoliers2. Si lacondamnation de Charles de Savoisy fut juste, celle de Guillaume de Tignonville fut contraire à toutes les règles de la justice et de l'équité.

Le 14 juillet de l'année 1404, l'Université se rendait en grande pompe, processionnellement, en pèlerinage de Saint- Mathurin à l'église Sainte-Catherine-des-Ecoliers3, pour demander à Dieu la pacification de l'Église et de la France;

1. Arch. Nat. X*a 4786, f. 130 v°, lundi 27 juin 1396. — Sur cette vente à cette foire v. Lecoy de la Marche, Les manuscrits et la miniature, p. 30, 31. — v. Leclerc, Discours sur l'état des lettres au xiv° siècle, t. I, p. 305.

2. J. Galli, Quœstio CLXXXII. 17 août 1386; Robert du Mesnil, chevalier, et ses complices, accusés d'avoir insulté et frappé Roger et Georges du Chatel, furent condamnés à faire amende houorable, à payer deux mille livres tournois au roi, mille livres aux deux écoliers, cinq cents à chacune de leurs deux sœurs et deux cents à l'Université. (Peutêtre les écoliers avaient-ils été les provocateurs, mais on sait l'indulgence dont jouissaient tous ceux qui dépendaient de l'Université). — C. Jourdain, op. cit., p. 193, n° 874. — Du Boulay, op. cit., t. IV, p. 674 ; janvier et février 1391. Condamnation de sergents accusés d'avoir maltraité des écoliers. — Douet d'Arcq, Choix de pièces, t. I, p. 126, arrêt du 26 juillet 1395. — E. Laboulaye. Privilège des étudiants de Paris au xive siècle; exécution de Philippe le Barbier, en 1304 (Revue historique de droit français et étranger. T. VI, pp. 472 et 473.

3. Sur cette église, v. Guillebert de Metz, Description de Paris sous Charles VI; dans le Roux de Lincy et Tissserand, Paris et ses historiens, p. 190.

sur le parcours, la procession rencontra, rue Saint- Antoine, derrière l'église de ce nom, les gens de Charles de Savoisy l qui menaient leurs chevaux boire à la Seine. L'un d'eux, en cavalcadant, troubla le cortège ; interpellé pour ce fait, il se fâcha et reçut un soufflet ; le valet courut avertir son maître; celui-ci furieux lança ses gens contre les écoliers, qui, assaillis à coups d'épée et de flèches, furent les uns bloqués dans l'Eglise, les autres empêchés d'y entrer. Ils se défendirent, comme ils purent, avec des « pierrettes ». Ce lâche attentat émut vivement l'Université et elle se plaignit au roi. Charles de Savoisy essaya de détourner l'orage en usant de son influence; l'Université supplia la reine, les princes, et surtout le plus important, le duc d'Orléans, de laisser agir la justice. Ces moyens étant toujours inefficaces, le recteur suspendit les cours et les prédications. Dans une grande assemblée, tenue le 19 août au Parlement, frère Pierre aux Bœufs, docteur en théologie, exposa l'affaire. Le roi, revenu momentanément à la raison, voulut que le Parlement jugeât le coupable en sa présence. L'affaire prit alors une autre tournure. Charles, qui avait été gardé à vue dans Paris, menacé de bannissement et de « tous les maléfices » s'il quittait Paris (19 juillet), s'enfuit

1. Enguerrand de Monslrelet, Chronique; édit. Douet d'Arcq, t. 1 ch. xiii. Le fait est à tort daté de 1403. — Charles de Savoisy, chambellan du roi, seigneur de Coulenges-les-Vineuses (Arch. nat. Xla 4789, f. 26), était déjà connu par son caractère emporté ; en 1403 (samedi 29 janvier), il avait été condamné pour avoir, le 13 précédent, fait maltraiter dans son hôtel, en plein jour, le procureur de l'Hôtel du roi, Jean de Morgueval, qui avait été avec un maître d'hôtel du roi, arrêter à l'hôtel Saint-Pol, dans la chambre de Savoisy, un valet voleur et assassin (X'a 1478, f. 93. Journal de N. de Baye, t. I, p. 53, 55). Après ses démêlés avec l'Université il « avoit un grand désir de se faire valoir » en guerroyant contre les Anglais (J. Juvénal des Ursins, an. 1405). Jusquelà il était partisan du duc d'Orléans, en 1413 il se mit du côlé du duc de Bourgogne. (Religieux de Saiut-Denis. L. XXXIV, ch. 33.)

néanmoins et fut jugé par contumace en présence du roi, à l'hôtel Saint-Pol, le samedi 23 août. Le Parlement se montra justement sévère : l'hôtel du coupable, situé rue Saint-Antoine, serait démoli et l'emplacement serait converti en place publique; le tout à ses frais. Les maçons et charpentiers du roi, chargés de cette démolition, seraient conduits au son des trompettes; les matériaux appartiendraient à l'église Sainte-Catherine. En outre, Charles de Savoisy paierait une rente de cent livres parisis « admortie> assise à l'ordonnance de la Court de Parlement, pour fondation de chapelle », où il plairait à l'Université, qui y aurait la collation des bénéfices, une somme de mille livres tournois pour payer les frais du procès, et autant au profit des écoliers blessés. Enfin il devait faire rechercher, à ses frais, les auteurs de l'attentat1. Le vendredi suivant, Charles de Savoisy déposa deux mille francs chez le changeur Alexandre des Mares, pour assurer le paiement de la rente fixée pour la fondation de la chapelle; cette somme lui fut remise par le greffier du Parlement, le 9 janvier 1405, sur l'ordre du président, afin que Savoisy fit lui-même les opérations nécessaires. Aléaume Cachemarée, premier huissier, avait été chargé de le surveiller (16 janvier) 2. La

1. Arch. nat. Xi* 1478, f. 166 v°, 167. 172 v°. — Xia 4786, f. 379 v°, 381. — Journal de N.de Baye, t. I, p. 93, 100 à 114. — Douet d'Arcq, Choix de pièces, 1. 1, p. 263. — Religieux de Saint-Denis. L. XXV, oh. 14.

— Juvénal des Ursins, an. 1404. — A. Ghartier, Histoire du roy Charles VI, an. 1405. OEuvres. Édit. André du Chesne. Paris, Thiboust, 1617.

— P. Cochon, Chronique normande. Édit. Vallet de Viriville. ch. 3. — Gersonii Opéra., t. IV, col. 571. — DuBoulay, op. cit., t. IV, p. 96, t.V,

| p. 107.— Félibien, op. cit., preuves, t. If, p. 547. —Jourdain, Index cité, p. 213, n°CMLxvin.— E. Pasquier, Recherches, L. III, ch.29,p. 277.

— Le P. G.-F. Berthier, Histoire de l'Église gallicane, t. XV, p. 100 et suiv.

2. Arch. nat. Xltt 4786, f. 389 v°. — X'* 4787. f. 40, 46. — Journal de N. de Baye. t. I. p. 125.

démolilion de son magnifique hôtel lui était le plus sensible, aussi ses amis implorèrent-ils le roi pour qu'il permit au roi de Navarre de s'en rendre acquéreur. On n'obtint qu'une seule chose : moyennant le paiement immédiat d'une forte somme, les belles galeries seraient épargnées. Le 26 août, la démolilion fut commencée, avec le cérémonial imposé, et, trois des valets coupables, promenés de carrefour en carrefour, et battus de verges, furent bannis pour trois ans1. Afin de rentrer en grâce, Charles de Savoisy, essaya de désarmer l'Université; il y parvint en décidant Charles VI à sceller l'arrêt du Parlement qui déclarait l'Eglise gallicane franche et libre des services, dîmes, procurations et toutes autres subventions établies par le pape de Rome!.

L'Université apaisée, il fut facile d'obtenir des lettres de rémission. Leur enregistrement discuté par la Grand'chambre en présence du duc d'Orléans, protecteur de Charles, du comte de Tancarville et du sire d'Albret, fut ordonné au greffier criminel, Jean de Cessières, après quelques observations du procureur général et après une réserve de la cour sur une règle de son style criminel inappliqué dans la circonstance3. Quelques mois après, le procureur de l'Université, maître Jean Hoignard, consentit à l'entérinement des lettres royaux autorisant la reconstruction de l'hôtel de Savoisy*.

La seconde affaire survint après l'arrestation d'écoliers

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