Durand de Maillane, op. cit., t. I., p
très l'autorisation de le faire. Quiconque dirait le contraire serait accusé de lèse-majesté'.
Les événements malheureux qui se succédaient sans relâche empêchèrent l'application de cet arrêt important. D'autres cependant furent rendus toujours en vertu de ce principe. Le procureur général, défenseur attitré des droits de la couronne et de l'intérêt public, fit publier au commencement de l'année 1406 (10 février) une ordonnance défendant aux officiers de Benoit XIII de recueillir de l'argent2. Quelques mois plus tard (samedi 11 septembre), le Parlement défendit de payer les annates au Pape et aux cardinaux, et déclara l'Eglise gallicane franche et libre des services, dîmes, procurations et autres subventions établies par la Cour de Rome 3. Deux ans plus tôt, il avait enregistré des lettres portant défense « à nul prélat ou autre bénéficié » de payer quelque chose « à court de Rome à cause de vac- « cans deuz pour arrérages ou autrement tant du temps de « la sustraction faicte au pape pendent laquelle les ordi- « naires ont donnez les bénéfices que par avant XL ans* ». En 1413 (mercredi 8 novembre), les trois chambres se réu-
1. .1. Galli : Qusestio § LX. — Cf. Commentaire de Dupuy cité, t. I, pp. 48, 49, 50.
2. Cette ordonnance ne fut lue et publiée que le 15 mai 1408. Cf. Durand de Maillane, op. cit., t. I, loc. cit.
3. Durand de Maillane, op. cit., loc. cit. — Du Mont: Corps diplomatique, t. II, partie I, p. 297. — Papon : op. cit., 1. 1, titre V,§ XXVII. — Arch. Nat. X'a 4787, f. 426 v°, entre les procureurs du Roi, du duc de Berry et de l'Université de Paris d'une part, et les représentants de Benoit XIII de l'autre. L'arrêt fut rendu par le président Pierre Boschet. L'arrêt du 11 septembre fut scellé par le Roi, grâce à l'intervention de Charles de Savoisy. v. Religieux de Saint-Denis, 1. XXVII, ch. 3.
4. Arch. nat. X'a 4786, f. 230. Jeudi, 10 janvier 1404, « ce dit jour « ont esté publiées certaines lettres qui sont enregistrées au livre des « ordonnances. » — Cf. Journal de N. de Baye, t. I. p. 79.
nirent en conseil dans la Chambre des enquêtes, sous la présidence du chancelier. On délibéra sur les moyens à prendre pour empêcher le Pape de donner les évêchés et les bénéfices aux plus offrants afin d'attirer à Rome l'or du royaume. Le chancelier affirmait que, depuis quatre ou cinq ans, il était sorti ainsi environ trois millions d'or. Le surlendemain la délibération continua. Les conseillers étaient d'avis que le « Roy face mettre a execucion les dictes ordon- « nances royaulx au regard de la réduction des franchises « et libertéz de l'Eglise de France et de Daulphiné quant « aux bénéfices électifs et non cheans en grâces communes « et expectatives ». Quant à l'argent, il fut décidé qu'on appellerait, pour avoir de meilleurs renseignements, dix ou douze prud'hommes et experts en la matière, et qu'il serait rigoureusement interdit de laisser sortir de France aucune somme à l'occasion des bénéfices électifs, à peine de perdre le bénéfice ou de payer une somme égale à son revenu. Une active surveillance serait faite par des « explorateurs » zélés envoyés « es pors et passages ». Les marchands et les changeurs ne devraient plus prêter d'argent pour l'acquisition de ces bénéfices, à peine de perdre leur prêt. Ceux qui dénonceraient par lettres, obligations, bulletins ou autrement, les contrevenants, auraient le quart de la somme expédiée. Ces décisions furent converties en arrêt1. Quatre ans plus tard une ordonnance confirma ces dispositions, et ceux qui appelèrent au Pape furent accusés de lèse-majesté 2.
1. Arch. nat. X*al479, f. 272.— Journalde N. de Baye, t. tl, p. 134 à 158. — Durand de Maillane, op. cit., t. I, p. 199. — Papon op. cit., 1. I, titre V, § 28. — Le résultat de ces délibérations fut lu à la Grand' Chambre le 20 décembre 1413.
2. Ordonnance rendue le 2 avril 1418 et publiée au Parlement le 7 mai. Durand de Maillane. op. cit., t. 1, p. 207. — Du Tillet : Mémoire et advis sur les libertés de l'Église gallicane à la suite de son recueil des Roys de France. 1618, p. 278, 296. — Pasquier : Recherches, 1. III, ch. 24,
§ II. — Etudions à présent l'altitude du Parlement pendant le grand schisme d'Occident1.
On sait que Grégoire XI, successeur d'Urbain V, était mort à Rome où il venait de rétablir le siège de la papauté*. Cédant aux instances, mais non à la pression du peuple romain qui, pour faire cesser la dépendance du Saint-Siège vis-à-vis des rois de France, réclamait la nomination d'un pape italien, seize cardinaux dont douze français élurent l'archevêque de Bari (Bartolommeo Prignano)
25. — Du Boulay : Hist. Universit. parisien., t. V, p. 316. — Papon,o/>. cit., 1. XXII, titre I, § 2 (arrêt du 25 février 1418). — Lenain : Biblioth. nation., f. franc, ms. 21309, f° 543.
1. Sur le grand schisme dont je n'ai pas à faire ici l'histoire, on peut consulter : Du Puy : Traité concernant l'Histoire de France. Paris. Mathurin du Puis. 1654, in-4°, pp. 191 et suiv. — Flcury : Histoire ecclésiastique, t. XX, 1. XCVII et suiv. et t. XXI. Paris. J. Mariette. 1720. in-4°. — L'abbé J.-B. Christophle : Histoire de la Papauté pendant le xive siècle, t. III. — Le même : Histoire de la Papauté pendant le xve siècle, t. I. — Mer Hefelé : Histoire des Conciles, Irad. Delarc, t. X. — De Beaucourt : Histoire de Charles Vil, t. I, p. 365; t. II, p. 342; t. III, p. 345 et suiv. — H. de l'Epinois : Le gouvernement des papes d'après les documents authentiques, ch. VII. Paris. Didier. 1867, in-12. Et surtout : L. Pastor : Histoire des Papes depuis la pi du moyen âge, trad. de F. Raynaud, t. I, pp. 130 à 185. Paris, Pion. 1888, in-8.
2. Arch. nat. Xia 1469 f. 446 v°. Jeudi 19 décembre 1370 « à heure de none » mort du Pape Urbain V à Avignon. — ibid. f. 447. Lundi 30 décembre 1370, élection de Grégoire XI « qui par avant estoit appelé cardinal de Beaufort ». — X*a 1471 f. 35. « Ce jour de mercredi (21 avril 1378) à matin le Roy nostre Seigneur ouy nouvelles que le Pape Grégoire XIe estoit aléz de vie à trespassement le samedi avant micaresme, xxvne jour de mars, agrevéz de maladie de gravelle et trespassaà Rome ou palaiz de Saint-Père. » — Christine de Pisan : Le livre des fais et bonnes mceurs du sage roi Charles, ch. L. Édit. Buchon. Orléans. Herluison. 1875, gr. in-8. — Sur le retour de Grégoire XI à Rome. V. L. Pastor, op. cit., t. I,p. 123 et suiv. — Sur le caractère des Papesd'Avignon, consulter cet auteur, ibid. t. I, pp. 74 à 113; cette époque peut se résumer ainsi d'après le sévère Gilles de Viterbe : « Si Urbis et Romanarum ecclesiarum ruinas inspicias, hoc exilii tempus noctem dixeris; si mores, sanctitatemque pontificum diem appellandum existimabis. »
qui prit le nom d'Urbain VI1. Les six cardinaux restés à Avignon adhérèrent à ce choix, et le nouveau Pape eut donc l'unanimité.
Bientôt mécontents des réformes énergiques et nécessaires que voulait opérer le nouveau pontife, blessés par ses allures hautaines, dures, ses réprimandes publiques, ses insultes même, les cardinaux regrettèrent leur choix. Treize d'entre eux se retirèrent à Anagni, et là, excités par Pierre de Luna, cardinal espagnol, auquel Urbain avait refusé des bénéfices, et surtout par le souvenir de ce qu'ils avaient enduré, ils déclarèrent le Pape usurpateur et le sommèrent de se démettre (9 août). Enfin pour justifier leur conduite, ils déclarèrent avoir subi une pression pendant le conclave, gagnèrent Charles V et la reine de Naples avec laquelle le pape venait de se brouiller, et réunis à Fondi, élurent le cardinal Robert de Genève, qui s'appela Clément VII2 (20 septembre 1378). Les cardinaux italiens se joignirent à eux et Urbain VI fut abandonné de tous. Il proposa la convocation d'un concile; ses adversaires refu-
1. Il élail né à Naples en 1318. Le 21 mars 1363 il devint évèque d'Acerenza et le 14 avril 1377, archevêque de Bari. Élu Pape le 8 avril 1378, il fut couronné à Rome dix jours après et y mourut le 15 octobre 1389. V. U. Chevalier : Répertoire des sources historiques du moyen âge. Bio-bibliographie. Palmé. 1877-1886, in-4°.
2. Robert de Genève était né en 1342. Seigneur de Cruseilles, chanoine de Paris, il fut nommé en 1361 évèque de Thérouanne, et en 1368 de Cambrai. Cardinal prêtre des douze apôtres en 1371, légat en Romagne, en 1376, il fut élu Pape le 20 septembre 1378 et couronné le 31 octobre. Il mourut à Avignon le 16 septembre 1394. U. Chevalier, op. cit. — Sur ces divers événements v. Chronique des quatre premiers Valois, pp. 268, 269. — Principalement L. Pastor, op. cit., t. I, pp. 130 et suiv. Cet auteur apprécie inexactement le rôle de Charles V. — On peut consulter encore : lîohrbacher : Histoire universelle de l'Église catholique, t. XXI. Paris. Gaume. 1845, — Alzog : Histoire universelle de l'Église, Iraduile par l'abbé Goschler et Audley. 5e édit. Paris. Sarlit. 18S1. in-12 . t. II. p. 486.
sèrent. Le schisme était consommé. Ce n'est pas ici le lieu de raconter l'histoire de cette période si triste et si malheureuse qui vit à la fois le zèle du clergé diminuer et la corruption augmenter1.
En France, le Roi, le Parlement et la grande majorité du clergé se rallièrent bientôt à Clément VII. Dès l'origine du schisme, le 13 septembre 1378, dans une sorte de concile national, des princes, des évêques, le Parlement, des députés de l'Université, avaient décidé d'attendre avant de se prononcer et de rester dans la neutralité 2 , mais le 1 6 novembre Charles V reconnaissait officiellement à l'antipape Clément VII3.
L'Université hésita jusqu'en 1381, alors le duc d'Anjou
1. Outre les ouvrages déjà cités et les sources qu'ils indiquent, on peut consulter Eustache Deschamps : Œuvres complètes, édit. de Queux de Saiut-Hilaire, t. II, noS ccxliii, ccxlviii et pp. 176,177,178. — t. 1IL, n° ccclxix.. — t. V, n°DCcccxLVii, dcccclxxviu, dcccclxxxy, mxii, mlxxiv.
— Le Religieux de Saint-Denis, 1. II, ch. 2; 1. XI, ch. 9.
2. Arch. nat X>a 1471 f. 95. — Christine de Pisan, op. cit., ch. LXI.
— Cf. V. Chronique des quatre premiers Valois, p. 270.
3. Dès le mois d'août, les partisans de Clément VII étaient parvenus à gagner Charles V; ceux d'Urbain VI ne furent pas entendus, et leurs écrits tardèrent trop à arriver. Dans l'assemblée réunie à Paris, le mois suivant, il fut décidé que lu France resterait provisoirement dans la neutralité. Cependant Charles V envoyait en Italie Colin de Dormans porteur de deux lettres pour les cardinaux, l'une leur offrant des subsides, l'autre pour Robert de Genève, qui allait être élu pape. Donc, déjà le roi rompait avec Rome, se ralliait au parti de Robert de Genève et ahjurait en secret la neutralité; mais il ne fit aucune pression sur le clergé de France ni sur le Parlement pour les amener à reconnaître Clément VII. A son lit de mort, il affirma que seule la déclaration des cardinaux l'avait décidé à se prononcer pour ce pontife et nullement la parenté qui les unissait. En effet, Clément Vil était cousin de Charles V au 17e degré et la belle-mère de ce prince était la cousine germaine de Clément. Y. N. Valois : Le rôle de Charles V au début du grand schisme dans l'annuaire-bulletin de la Société de l'Histoire </»• France. 1887. 2° partie. Cl. rlauréau, t. XXXI >les notices et extraits des manuscrits. 2» partie. 1880. pp. 280 et suiv.
l'obligea à se prononcer pour Clément1. Cependant l'union ne fut pas toujours très étroite entre la France et la cour d'Avignon. On trouvait avec raison que Clément VII imposait trop souvent le clergé. Au mois d'octobre 1385, le premier président Arnaud de Corbie vint à Avignon exprimer le mécontentement de Charles VI2. Clément VII, craignant de perdre son principal soutien, accepta les remontrances et promit d'en tenir compte. Quatre ans plus tard, il fit une réception très cordiale à ce monarque, qui avait profité d'un voyage dans le midi pour aller à Avignon3. Quinze jours avant cette entrevue, Urbain VI4 était mort et avait été remplacé par Pierre Tomacelli, connu sous le nom de Boniface IX5.
Cette élection enleva tout espoir à ceux qui espéraient la fin du schisme. Les efforts de Boniface IX pour pacifier l'Eglise n'eurent aucun succès. D'après les conseils de deux pères chartreux, dont l'un, le père Pierre, supérieur de la Chartreuse d'Asti, jouissait d'une grande réputation, il se décida à écrire à Charles VI, l'invitant à travailler dans
1. Juvénal des Ursins, an. 1381. — Religieux de Saint-Dénis, 1. II ch.2. En reconnaissance, Clément imposa une dîme au clergé de France pour aider le duc d'Anjou, roi de Sicile (1392). Ibid., 1. XIII, ch. 10. — Juvénal des Ursins, an. 1392.
2. Religieux de Saint-Denis, 1. VI, ch. 12. — Juvénal des Ursins, an.
3. Arrivé le 1er novembre, Charles VI reparût le 3. — V. Religieux de Saint-Denis, I. X, ch. 8. Cf. Froissart : Chroniques, édit. Kervyn de LeUenhovc, l. XIV, pp. 34 à 39. — Juvénal des Ursins, an. 1389. — E. Jarry : La vie politique de Louis de France, duc d'Orléans, p. 65.