Mémoires cI'Omep, Talon, t. VII, p. 122 à
pour la Guyenne, était composée d'un président à mortier et de huit conseillers, avec mission de rejoindre Leurs Majestés, de les supplier de donner la paix à la Guyenne, d'en retirer M. d'Épernon, de mettre un autre gouverneur à sa place, d'accorder l'amnistie du passé et de donner sûreté à Madame la Princesse dans telle de ses maisons qu'elle choisirait.
La reine reçut la députation à Orléans. « Si elle écouta leurs remontrances, dit Goulas, elle ne fut pas arrêtée par leur rhétorique. » Elle continua en effet son voyage et arriva le 1er août à Libourne. Là les députés du Parlement de Paris demandèrent encore une fois à être reçus pour appuyer les requêtes du parlement de Bordeaux. Celui-ci avait eu en effet le temps de la réflexion et en était venu à des résolutions plus pacifiques. Il avait envoyé des députés à Libourne pour y traiter de la paix et comme tel était aussi le désir de la Cour et de Mazarin, la chose fut bientôt faite. Le roi accorda amnistie du passé, enleva le gouvernement de la Guyenne à M. d'Épernon et de son côté Madame la Princesse s'engagea à se retirer sans bruit dans une de ses maisons. Quelques jours après, le roi fit son entrée à Bordeaux, avec toute sa Cour et toute son armée. Il ne fut jamais tant crié vive le roi et de si bon cœur, disent les contemporains. Le parlement de Bordeaux ne put se décider à rendre visite au cardinal. Mais tous ses membres, frondeurs ou autres, allèrent individuellement le saluer. Le cardinal eut d'ailleurs bien vite l'occasion de se venger. Le parlement lui ayant demandé une levée de deniers pour se rembourser des frais de la guerre, il la refusa net, disant qu'il serait déraisonnable que le roi payât des sujets qui l'avaient mal servi et l'avaient obligé à faire trois cents lieues. Le parlement de Bordeaux offrit alors au cardinal de l'aller visiter en corps, s'il accordait les deniers. Mais le cardinal répondit en se moquant de lui.
La situation s'était améliorée, mais n'était pourtant pas encore satisfaisante. Ou'allait-on faire des princes prisonniers? L'attitude d'une partie de la noblesse était aussi très grave, surtout depuis qu'elle avait conclu un véritable traité d'union. On craignait que M. de Turenne ne vînt délivrer les princes emprisonnés à Vincennes. Turenne avait, en effet, fait afficher des placards dans Paris pour exciter le peuple à la délivrance des princes1. Aussi se décida-t-on à les envoyer à Marcoussy, et plus tard, on les transféra au Havre2.
L'autorité royale était si faible en province que les contemporains eux-mêmes en étaient scandalisés. Ils relèvent avec une certaine amertume ce désordre général et citent des faits significatifs. A Clermont, l'évêque étant mort, son neveu n'hésite pas à s'emparer de l'évêché et de ses dépendances; ensuite seulement il demande le bénéfice au cardinal Mazarin qui n'ose pas le lui refuser. A Aigues- Mortes, le marquis de Varennes, gouverneur de la ville, étant mort, le baron de Montfrain se jette dans la place, s'en rend maître, déclare que les enfants de Varennes sont ses enfants, qu'il va demander au roi la charge de gouverneur pour l'un d'eux en récompense des services de leur père et qu'il ne quittera pas la ville tant qu'il ne l'aura pas obtenue. Or le gouvernement d'Aigues-Mortes avait été donné par le roi au baron de Siré3. Mais il était vraiment fâcheux qu'on ne pût pas décider la régente, Mazarin, les ministres et la Cour, à renoncer aux mesures arbitraires. Là était le vice de leur politique. Cette politique avait sans doute réussi à Richelieu, mais elle avait moins de chance de succès entre les mains de Mazarin, à qui répugnait la