Mémoires de Goulas, t. III, p. "" o
tions les plus diverses. Enfin deux avis obtinrent un nombre important de voix. Le premier, soutenu par les amis de Monsieur le Prince, acceptait les conclusions de M. l'avocat général Talon, mais demandait en outre qu'on suppliât la reine de songer à la délivrance des princes dès que les affaires de l'État le permettraient et d'accueillir avec bonté les plaintes du parlement de Bordeaux pour rendre la paix à ses peuples. Cet avis réunit 65 voix. La majorité formée par 115 voix se concentra sur une seconde opinion : elle acceptait aussi les conclusions de l'avocat général, ne parlait pas des princes et chargeait les députés de Paris de faire des remontrances dans lesquelles ils insisteraient sur la satisfaction à donner aux plaintes du parlement de Bordeaux. C'est à cette opinion que se rallièrent ceux qu'on appelait alors les frondeurs et qui voulaient faire injure au cardinal Mazarin en toute circonstance. Cet avis avait d'ailleurs fini par être accepté même par les modérés. Vers la fin du mois de juillet, les députés du parlement de Bordeaux reçurent deux lettres, l'une pour le duc d'Orléans, l'autre pour le Parlement de Paris; le parlement de Bordeaux s'y plaignait, avec plus d'aigreur que jamais, du duc d'Épernon et du cardinal Mazarin, et il dénonçait le projet du cardinal de marier une de ses nièces avec le comte de Candale. Le duc d'Orléans reçut très mal les députés du parlement de Bordeaux : il reprocha à ce parlement d'écrire une sorte de. manifeste alors qu'une députation était envoyée auprès du roi et il leur dit qu'il allait en référer à la reine; il les obligea à conserver leur lettre jusqu'à l'arrivée de la réponse de la reine. Les députés du parlement de Bordeaux se soumirent et s'abstinrent même de présenter l'autre lettre qui était destinée au Parlement.
Au commencement d'août, le duc d'Orléans eut une nouvelle entrevue avec ces députés, puis avec les gens du
roi. Il était maintenant plein de bonnes dispositions, probablement à raison de la réponse qu'il avait reçue de la reine. Le duc d'Orléans acceptait les demandes du parlement de Bordeaux et se chargeait de les soutenir auprès de la reine : retrait du gouvernement de Guyenne au duc d'Epernon, sûreté à Madame la Princesse et au duc d'Enghien, amnistie générale pour le passé et même une abolition générale pour ceux qui ont traité avec l'Espagne en supposant qu'ils restent dans le devoir. Les gens du roi ayant rendu compte de ces propositions à la Grand'- Chambre, celle-ci les pria de les communiquer successivement à la Tournelle, à la Chambre de l'Édit, aux Enquêtes ; il fut en outre convenu que si ces propositions ne leur convenaient pas, on prierait le duc d'Orléans de venir au Parlement. Bien entendu, les Enquêtes ne furent pas satisfaites; leurs membres firent, selon l'usage, irruption dans la Grand'Chambre pour occuper leurs places; mais le premier président leur reprocha ce procédé et défendit toute délibération, déclarant qu'il fallait avant tout prévenir le duc d'Orléans et remettre au lendemain. L'oncle du roi vint en effet à l'assemblée du 6 août, à laquelle assistèrent également les députés du parlement de Bordeaux.
Ceux-ci parlèrent les premiers et se retirèrent ensuite. Puis le duc d'Orléans renouvela ses propositions et les gens du roi conclurent à ce qu'elles fussent adressées aux députés du Parlement de Paris qu'on avait envoyés auprès de la reine. La Cour rendit en effet arrêt en ce sens le 8 août; mais cette affaire avait excité une véritable émotion dans Paris. Ce jour-là, le Parlement fut encore envahi par le peuple qui vociférait contre Mazarin1.
La délégation du Parlement de Paris à la reine, partie