Mémoires de Goulas, t. III, p. 283 à
r>56 LE PARLEMENT DE PARIS.
avec le respect à nous possible, que si elle n'y donne ordre promptement, la fidélité que nous devons à la conservation de l'État et au service du roi nous contraindra d'y mettre nous-mêmes la main et d'y employer toutes nos forces, pour empêcher la ruine de la couronne. »
Ce langage froissa vivement toute la Cour. La reine ne put s'empêcher de dire en particulier à ceux qui l'entouraient qu'elle n'avait jamais vu pareille insolence. Mademoiselle, qui était présente, déclara qu'elle avait rougi de colère et que la reine aurait dû faire jeter le premier président par les fenêtres. Le jeune roi lui-même ne put s'empêcher de manifester son mécontentement1. Il dit que s'il n'avait pas craint de déplaire à la reine il aurait fait taire et chasser le premier président.
La reine se borna à répondre qu'elle communiquerait les remontrances à son Conseil et qu'elle ferait connaître sa réponse ultérieurement. Cette réponse vint le 50 janvier 1651. Elle portait que les princes avaient été arrêtés pour le bien de l'État, que le duc d'Orléans et le Parlement estimant maintenant que le même bien de l'État exigeait leur mise en liberté, elle y consentait, mais qu'il lui fallait prendre des sûretés, puisque leur parti subsistait encore et que M. de Longue ville et M. de Turenne avaient des troupes sur la frontière, faisaient la guerre au roi et ruinaient ses sujets. Le Parlement demanda encore plusieurs fois la liberté des princes ; la reine renouvela ses promesses et aussi sa condition que Turenne et la duchesse de Longueville poseraient les armes2.
Rupture entre Dans une de ces assemblées tenues au sujet des princes.
Monsieur
1. Mémoires cTOmer Talon, t. VII, p. 195 et suiv.; Mémoires de Mme de Motteville, l. III, p. 270; Mémoires de Goulas, t. III, p. 298 et 299.
2. Mémoires de Mathieu Mole, t. IV, p. 92; Mémoires de Goulas, t. III, p. 298 et 299; Mémoires (I'Omer Talon, t. VII, lrc partie, p. 197, cl l. VIL 2e partie, p. 2.
et Mazarin.
un échange de propos entre Monsieur et le cardinal amena leur rupture. Mazarin en était ainsi arrivé à réunir tout le monde contre lui. Monsieur déclara à la reine qu'il n'assisterait pas au Conseil tant que le cardinal ne serait pas éloigné1. Le Parlement se décida alors à reprendre sa campagne contre Mazarin. Il ne le fit toutefois pas spontanément et persista jusqu'à la fin de cette nouvelle Fronde dans sa seconde attitude. Ce fut Gondi qui invita le Parlement à présenter de très humbles remontrances au roi, le 7 février 1651, « pour demander la liberté des princes, l'éloignement de Mazarin et que nul étranger, même naturalisé ou autre qui aurait prêté serment à d'autres princes que le roi, ne puisse faire partie, à l'avenir, du Conseil du roi2 ». L'arrêt ainsi proposé fut voté presque à l'unanimité ; la reine s'en montra vivement contrariée.
Si l'on veut bien connaître les rapports qui existaient entre la reine et le cardinal, et les raisons de l'attachement de la première au second, il faut lire les Mémoires de Mme de Motteville. On y verra que le cardinal avait su, par son habileté et par sa douceur à la fois, se concilier l'esprit de la reine et que celle-ci lui laissait d'autant plus volontiers la direction des affaires qu'elle ne s'y intéressait pas. Un seul point la préoccupait : elle voulait transmettre à son fils les pouvoirs absolus qu'avaient exercés Louis XIII et Richelieu.
Aussi éprouva-t-elle une véritable amertume lorsqu'elle se vit obligée de se séparer de son ministre. Elle s'y résigna cependant et le Parlement s'empressa de confirmer cet engagement par un arrêt qui enjoignit au cardinal de sortir de France dans la quinzaine.
1. Mémoires d'OMER Talon, t. VII, p. 201 et t. VII, 2* partie, p. 6 et 8.