‹ Le parlement de ParisChapitre 226 sur 238 · Mémoires de Saint-Simon, éd. Chéruel, t. V, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Saint-Simon, éd. Chéruel, t. V, p

3. Louis XIV s'entoura pour juger cette affaire du conseil des finances et de celui des dépêches et il commit le bureau du conseil des parties pour l'instruire. Dans ces circonstances, le roi jugeait seul et ses assistants n'avaient que voix consultative. On trouvera dans Saint-Simon de très intéressants détails sur l'audience que le roi consacra à cette affaire et qui ne dura pas moins de six heures. Le duc de Rohan gagna son procès et en conséquence le duc de Guéménée, qui l'avait perdu, aurait dû, à raison d'une certaine terre, prêter foi et hommage en personne au duc de Rohan; mais sur les instances de Mme de Soubise, le roi intervint et, sans user de son autorité, il demanda au duc de Rohan, à titre de simple

Saint-Simon. Il se plaignit de l'énormité des impôts, de la suppression des remontrances, de la nécessité de courber sans cesse la tête. On le loua beaucoup de cet acte de dignité et d'indépendance, mais le châtiment ne tarda pas à se faire attendre. Le chancelier très mécontent et le roi tout à fait courroucé obligèrent le premier président à donner sa démission *. Le Parlement ne fut pas plus heureux à propos d'un bref du pape qu'il interdit en France. Cette mesure ne plut pas au roi, qui voulait alors ménager le Saint-Père et qui donna ordre au chancelier de remplacer la formule d'usage : « qu'il serait lu et affiché partout où besoin serait », par celle-ci : « à condition que l'arrêt ne sera ni répandu ni imprimé, ni publié jusqu'à nouvel ordre. » Le Parlement fut singulièrement froissé de cette mesure2. Il valait décidément mieux s'en tenir aux questions de procédure dans lesquelles le Parlement, sous une forme plus modeste, n'en rendait pas moins de sérieux services. Ainsi on ne saurait trop louer cet arrêt du Parlement qui, dans l'intérêt de la liberté individuelle et pour adoucir les rigueurs de la contrainte par corps, décida que personne ne pourrait être arrêté dans sa propre maison pour dette civile3.

Fin du règne. Nous arrivons aux dernières années du règne. Le roi commence à devenir impopulaire. L'usage parfois abusif

grâce et pour une fois seulement, que la foi et l'hommage fussent rendus de procureur à procureur. (Mémoires de Saint-Simon, t. V, p. 60 à 85). A cette occasion Saint-Simon rappelle une autre dispute entre don Lobineau et l'évèque de Strasbourg qui était un Rohan. A l'instigation de Mme de Soubise, l'évèque de Strasbourg obligea don Lobineau à modifier son Histoire de France et à altérer la vérité des faits pour donner à la famille de Rohan des ancêtres chimériques et qui remontaient à une telle antiquité, que la famille des Capétiens elle-même ne pouvait pas leur être comparée.

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