‹ Le parlement de ParisChapitre 228 sur 238 · Mémoires de Saint-Simon, t. VI, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Saint-Simon, t. VI, p

police du blé et empêcher les accaparements. Cette seule démarche suffit pour irriter le roi; il se fâche, reproche au Parlement de sortir de ses attributions et veut le réprimander vertement. « Le chancelier, dit Saint-Simon, n'osa représenter au roi combien ce que le Parlement voulait était convenable et combien cette matière était dans son district, mais il appuya sur l'affection et le respect avec lesquels le Parlement s'y présentait. » Il parvint ainsi à décider le roi à renoncer à la réprimande. Mais Louis XIV fit donner l'ordre à sa cour de justice de ne pas s'occuper des blés et le Parlement reçut avec douleur ce nouvel affront. « Quelque accoutumé, dit encore Saint- Simon, que fût le Parlement, ainsi que tous les autres corps, aux humiliations, celle-ci lui fut très sensible; il obéit en gémissant. » Le parlement de Bourgogne ayant aussi décidé de s'assembler pour délibérer sur les mesures à prendre dans son ressort contre la famine, le premier président, en homme prudent qui redoutait la colère du roi, se garda de venir à la réunion qui se tint sous la présidence du plus ancien des présidents à mortier. Lorsque le roi eut connaissance de cette délibération, il fulmina une réprimande contre le parlement de Bourgogne et ordonna au président à mortier, qui avait dirigé l'assemblée, de venir lui donner des explications. Le roi ne voulait rien moins que le révoquer; mais le chancelier intervint, prit en main sa cause et le sauva. Les habitants de Dijon se préparaient à recevoir ce magistrat en triomphe à son retour de Versailles; mais il eut la sagesse de décliner l'honneur de cette manifestation intempestive. Les autres parlements, avertis par ces exemples, gardèrent un complet silence et la question des blés resta l'affaire des intendants et des financiers. Saint-Simon affirme, mais sans preuves à l'appui, qu'ils réalisèrent de grandes fortunes et aggravèrent la misère. « Ce fut pour lors, dit-il, qu'on

choisit ces commissaires dont j'ai parlé, tirés tous des sièges subalternes, qui, chargés de la visite chacun d'un certain canton, devaient juger des délits avec les présidiaux voisins, sous les yeux de l'intendant et sans dépendance aucune des parlements. »

Mais pour donner une amusette plutôt qu'une vaine consolation à celui de Paris, il fut composé un tribunal tiré de toutes ses chambres à la tête duquel Maisons, président à mortier, fut mis, « auquel devaient ressortir les appellations des sentences de ces commissaires dans les provinces. » Ces commissaires ne commencèrent à remplir leurs fonctions qu'au bout de trois mois; aussi ne purent-ils constater aucun délit et leur mission se réduisit à rien *.

Le roi continuait à la fois à perdre sa popularité et à juger lui-même toutes les causes qui concernaient la famille royale2. En 1710, il décida que les princesses du sang encore filles prendraient rang d'après leur âge et que toute petite-fille de France qui épouserait un prince du sang ou un autre, toute princesse du sang qui épouserait un autre qu'un prince du sang, ne conserverait pas son rang sans un brevet. Cette décision fut prise à l'occasion de la duchesse du Maine qui aurait voulu, en sa qualité de tante, passer avant les filles non mariées de son frère. La décision royale eut pour conséquence que le duc du Maine n'étant pas prince du sang, sa femme fut traitée comme princesse du sang fille, quoique mariée. Pour qu'elle ne perdît pas son rang par l'effet de son mariage, le roi lui promit un brevet. Il rendit un jugement écrit de sa main en onze articles et le remit à Pontchartrain qui avait la maison du roi dans le département de son secrétariat d'Etat. Pontchartrain expédia et signa seul cet acte.

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