L'Estoile, Journal de Henri III, t. III, p
rendit notamment la liberté à ceux qui ne se trouvaient pas sur la liste de proscription. Malgré le trouble que causaient de semblables violences et l'absence de la plupart de ses membres, les uns étant retenus en prison, les autres s'étant retirés auprès du roi, le Parlement tint audience le lendemain mardi 17 janvier. Le président Brisson se mit à la tête de la Grand'Chambre, et la Ligue le nomma premier président. Mais à vrai dire ce qui restait du Parlement était entièrement dévoué à la Ligue. Aussi dès le 19 la cour rendit un arrêt par lequel elle se joignait au corps de la ville et promettait de l'assister en toute chose, dans l'intérêt du bien public.
Deux jours après, la cour nomma un nouveau procureur général, le conseiller Mole. Celui-ci venait d'être élargi de la Bastille et fit de grandes difficultés pour accepter. Mais les cris du peuple présent à l'audience lui firent comprendre que, s'il refusait, il allait retourner à la Bastille et il se résigna. En même temps la cour nomma, comme avocats du roi, les avocats Jean le Maistre et Louis Dorléans. ;Le plus compromis de tous ces magistrats était sans contredit le président Brisson, et, comme il était fort avisé, il imagina, pour se mettre à couvert, de faire constater, par acte notarié destiné à rester secret, qu'il n'avait accepté la charge de premier président que sous l'empire de la violence1.
Quelque temps après, au mois de mars, le duc de Mayenne vint prêter serment à la cour en qualité de lieutenant général de l'État royal et de la couronne de France. Ce serment fut reçu par quinze ou seize conseillers que l'Estoile appelle « des faquins et assemblée d'esclaves d'une canaille prostituée ». Les autres membres du Parlement continuèrent à être captifs dans les diverses prisons de la
1. L'Estoile reproduit textuellement cet acte curieux. Voir t. III, p. 239.
ville. Il fut en même temps décidé qu'il y aurait deux nouveaux sceaux aux armes de France, le grand pour le Conseil et le petit pour les parlements et les chancelleries, et tous deux devaient porter l'inscription: les scels du royaume de France.
Enfin le Parlement décréta que ses arrêts seraient désormais intitulés « par les gens tenant la cour du parlement ' » . Leduc de Mayenne et le conseil de l'Union s'empressèrent de faire sortir plusieurs conseillers et présidents des prisons du Louvre et de la Bastille. La plupart s'étaient rachetés à prix d'argent ; tous les autres restèrent en prison*.
Le roi Le 24 mars, le roi rendit un édit qui transférait le
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le transfère Parlement de Pans à Tours. Une autre partie du Parlement fut établie à Châlons pour la Champagne et la Picardie. Il y eut désormais ainsi deux parlements, celui du roi et celui de la Ligue, et la même scission s'opéra dans les autres parlements de France. Cette translation du Parlement à Tours était imposée par les circonstances. Le roi n'avait plus aucune autorité auprès des divers membres du Parlement de Paris qui étaient restés en fonctions et qui formaient le Parlement de la Ligue. On en avait eu la preuve le mois précédent. La mère des deux princes lorrains assassinés par ordre de Henri III et la veuve du duc de Guise avaient formé, auprès du Parlement de Paris, une requête tendant à des poursuites contre les assassins du cardinal et du duc, et le Parlement avait accueilli cette requête, nommé des commissaires pour informer contre les coupables, c'est-à-dire en réalité contre le roi en personne, bien que ce Parlement fût loin de ressembler à une cours des pairs. Le roi avait ordonné aux commissaires de
1. Manuscrits de Mesme, fol. 77; L'Estoile, Journal de Henri III, t. III, p. 218.