‹ Le parlement de ParisChapitre 56 sur 238 · Sully, Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

Sully, Mémoires, t. I, p

Les édits de création furent rejetés par le Parlement qui refusa de les enregistrer. Le roi envoya en vain des lettres de jussion et appela auprès de lui des membres du Parlement. Il reprocha vivement au premier président d'imiter ces fous d'Amiens qui, pour avoir refusé 2 000 écus, en avaient baillé un million aux Espagnols. Quant à lui, il irait en Flandre et, s'il recevait quelque coup de pistole, les magistrats apprendraient à leurs dépens ce que c'est que de perdre un roi. Le premier président de Harlay ne comprit rien à ces nobles paroles et se borna à répondre au nom de ses collègues, « que Dieu leur avait baillé la justice en main, de laquelle il lui était responsable ». Le roi se fâcha tout de bon et répliqua que Dieu avait donné la justice au roi et le roi aux magistrats. Le premier président en fut tellement ému qu'il tomba malade. Le Parlement montrait encore une fois qu'il ne comprenait ni les nécessités ni les devoirs politiques et il renouvelait la faute qui avait amené la perte de Cambrai. Cette faute n'eut heureusement aucune conséquence. Le roi passa outre et quelque temps après commençaient les négociations pour la paix avec le roi d'Espagne et le duc de Savoie.

Ces graves affaires extérieures n'empêchaient pas le roi Affaires de s'occuper de l'administration de la justice. Un édit de ceJus lcejanvier 1597 régla les conditions d'entrée dans la magistrature et rappela la plupart des dispositions déjà comprises dans les ordonnances antérieures ; il interdit aussi de nouveau les parentés ou alliances à un degré rapproché dans une môme juridiction ; enfin il défendit aux magistrats de gérer les affaires des princes, prélats, seigneurs, chapitres, communautés et autres personnes quelconques, ainsi que de se livrer au commerce. Le Parlement s'étant plaint des abus des évocations, le même édit rappela à l'observation des règles contenues dans les ordonnances

antérieures ; il s'attacha aussi à réprimer les abus en matière d'épices des magistrats, de salaire des avocats, procureurs, greffiers et autres. Sans doute ces prescriptions ne furent pas mieux observées que les précédentes et les plaintes reparurent aux États généraux de 1610; mais elles témoignent du moins des bonnes intentions du roi.

D'ailleurs, en s'occupant de la magistrature, Henri IV n'oubliait pas non plus son intérêt personnel. Il avait depuis longtemps constaté et regretté les retards qu'apportait le Parlement à l'enregistrement des ordonnances toutes chambres réunies. Il essaya d'y porter remède et, à cet effet, il rendit, le 20 mai 1597, une déclaration qui attri buait à la Grand'Chambre du Parlement seule, à l'exclusion de toutes les autres, le droit de vérifier et de publier les édits et les ordonnances '. Cette chambre n'était-elle pas la représentation la plus autorisée du Parlement? Pendant longtemps elle avait constitué à elle seule la cour suprême de justice et elle était maintenant composée des magistrats les plus expérimentés, tandis que les autres chambres, notamment celles des Enquêtes, contenaient nombre de magistrats très jeunes. Le roi ne cachait pas ses préférences pour les anciens. C'est ainsi qu'en septembre 1598 il confia au président Séguier, qui ne s'en souciait guère, le poste d'ambassadeur à Venise, à cause des négociations délicates qui devaient s'y engager2.

Ledit Le roi comptait beaucoup moins sur l'appui de son

de Nantes. parlement pour faire passer l'édit de Nantes; il devait s'attendre à des résistances, car les négociations préliminaires soulevèrent déjà beaucoup de difficultés. Le roi reconnaissait lui-même que l'édit de Nantes devait être avant tout une œuvre de pacification ; il proclamait la

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