XXXV11I
Le Parlement de Paris siégea le plus souvent en cette ville , dans le palais que lui avait donné saint Louis, et la tourneile criminelle a conservé le nom à sa salle (salle Saint-Louis) (1).
Le Parlement s'assembla plusieurs fois hors de Paris ; en 1309 , en 1314; ce ne fut que vers 1322 qu'il devint sédentaire dans la capitale, d'où la guerre et la peste l'obligèrent plusieurs fois à se retirer.
Le palais de justice qui servait au Parlement pour ses séances, et qui est placé dans la Cité, ile formée par la Seine, a été bâti aux temps de Clovis. 11 fut, dans l'origine, atfecté à la demeure des rois; d'où il a conservé le nom de Palais.
Le Parlement de Paris occupait tout l'emplacement où se trouvent aujourd'hui le palais de justice et la conciergerie. — Ce palais reçut des agrandissements suc* cessifs; la grand'chambre était, par sa richesse, digne de l'assemblée qu'elle recevait.
Par lettres du 29 novembre 1370, Charles V accorde à ses clercs, secrétaires et notaires une chambre assise au coing de la grand' salle du palais, du côté du Grand-
(4) V. le curieux discours de rentrée, prononcé par M. le premier . avocat général de Marnas, devant la Cour de cassation (4857).
Pont, pour eux y assembler et parler de leurs besognes (Ord.T. V, p. 370, 579 et 580).
La chambre des requêtes siégeant le -vendredi, les clercs et notaires du roi au Parlement prendront leurs gages et leurs manteaux sur le produit des amendes , 28 décembre 1372 (Ord. T. V, p. 367).
La salle de la grand'chambre, construite par Saint- Louis, formait, avec les bâtiments de la conciergerie, le petit palais (1).
Chambre du roi, à l'origine, puis du dauphin, si Ton en croit Froissart (2), le trône y est bientôt placé. Louis IX y reçoit les ambassadeurs, donne des audiences publiques el distribue la justice à ses sujets.
En 1302, le petit-fils de saint Louis rend le Parlement sédentaire; mais ne lui donne pas « tribunal on prétoire certain. »
Louis X pourvoit à ce soin et assigne au Parlement « lieu au palais, ancien séjour et demeure des rois (3). »
Ce n'est déjà plus la modeste résidence de «M f Saint- Louis ; » mais bien « un palais royal tellement bâti, qu'en édifice et singularité d'architecture, il est encore
(*) Piganiol de Laforce* Description de Paris, T. I, p. Corrozet, Antiquités de Paris, p. 404.— Brice, Description de Paris, T. II, p. 363.
(2) Duchcsne, Antiquités de Paris, p. 138. «-"Louis d'Orléaûé, Ouvertures des Parlements» p. 275.
(3) Miraulmont,p. 9.— Laroche Flavin, p. 6.— { Annales de PariSj p. 63. — Corrozet, p. 98*
aujourd'hui censé et réputé Tune des plus belles besognes qui soient au monde (1). » C'est à Philippe le Bel qu'on doit ces merveilles. En montant sur le trône, il « avait trouvé le royaume si opulent, qu'il fit édifier de très-somptueusement et magnifiques ouvrage, le grand palais royal près de la Sainte-Chapelle et du petit palais, dit la Salle Saint-Louis. Enguerrand de Marigny, général des finances, conduisait Pœuvre et architecture (2). »
Enguerrand fit placer sa statue au-dessous de celle du roi . Après la mort de ce ministre, « arrivée par sentence du juge, » cette représentation fut abattue (3).
Sous Philippe le Long, une seconde chambre devint nécessaire : elle fut créée, et prit le nom de chambre des enquêtes.
Pour la distinguer de celle-ci, l'ancienne chambre s'appelle chambre des plaidoieries , — la grandevoâte (de la hardiesse de ses arceaux) , la chambre dorée (depuis que Louis XII en a fait dorer le plafond avec de l'or de ducats de Hollande); — enfin, la grand 1 chambre (et c'est là le nom qui a prévalu) (4).
(1) Antiquités de Paris, p. 135.— Louis d'Orléans, p. 274.
(2) Corrozet, p.93 et 104.
(3) Le même, p. 98.
(4) Miraulmont, p, 17.— Laroche Flavin, p. 23. — Duchesne, Ânti- .quitésde Paris, p. 140»— Encyclopédie, aux mots Parlement et Cham-
bre dorée. — Merlin, Répertoire, aux mots Grand' chambre et Chambre du plaidoyer.
Mandement de Charles VII pour fermer et sceller les chambres et greffes du Parlement, la chambre des Chartes de la Sainte-Chapelle, parce que la ville de Paris est mise et réduite en l'obéissance du roy, après avoir longtemps esté ès mains des Anglois, 15 mai 1436, à Bourges (Ord. T. XIII, p. 218).
La grand' chambre est « lambrissée de culs - de - » lampes dorés et vermillonnés avec un artifice singu-
» lier. Le plafond, de bois de chêne, est tout entrelacé » d'ogives qui ne sont ni ovales, ni de plein cintre ; » mais qui tiennent des unes et des autres et se terminent » en culs-de-lampes. Ce ne sont que placages ; le plus gros » des aisne porte pas plus d'un pouce etdemi ; le plus fort » des pendentifs n'en a pas quatre, et toutefois les culs- » de lampe avancent de plus d'un pied en saillie. Le tout » ensemble est jonché de bas-reliefs, fort délicatement » répandus avec tant d'art, qu'ils couvrent les joints » des ais et du placage, si bien qu'il semble que chaque » ogive soit taillée dans un seul ais (1). » Le barreau, non moins remarqué est, «ainsi que les lanternes, chargé » de petites figures qui représentent des habits, tant des » présidents et conseillers que ceux des avocats et pro • » cureurs des siècles passés ; ce que les curieux consi- » dèrent particulièrement, parce que ces vêtements ne
(1) Laroche Flavin, p. 300. — Sauvai, T. II, p. 3 et 4. — Corrozct; p. m.— Lemairc , Pans ancien, T. II, p. 33. — Duchesne, p. 439 ' et 440.
» ressemblent aucunement à ceux d'aujourd'hui (1 ). »
On pénètre sous ces voûtes par une salle, qui passe « pour l'une des plus grandes et des plus superbes du » monde. Elle est pavée de marbre blanc et non lam- » brisséeetvoultée de bois, accompagnée dans le milieu » de piliers de même, tout rehaussés d'or et d'azur, et
» remplie de statues de nos rois représentés, de sorte » que, pour les distinguer, ceux qui avaient été mal- » heureux ou fainéants avaient les mains basses ; les » braves et les conquérants avaient les mains hautes (2).»
La porte d'entrée était surmontée d'un lion sculpté à genoux, la tète basse, dans la plus humble attitude (3).
C'est dans l'enceinte de la grand'chambre que le souverain a eu et garde son trône (4), que se développent les pompes souvent retracées des lits de justice (5), que sont prononcées les mercuriales, célébrées les ouvertures et les rentrées du Parlement (6). C'est à la porte de la grand'chambre qu'on publie, après leur enregistrement, les ordonnances ou édits royaux (7).
(\)Loci$ citatis.
. (î) Sauvai, T. II, p. 3 et 4.
(3) Idem.
(4) Laroche Flavin, p. Î83. — Duchesne, p. 4 37.
(5) Laroche Flavin, p. 384. — Merlin, Répertoire, au mot Lit de justice.
(6) Laroche Flavin, p. Î83et suiv., 349 et 641 . ("7) Encyclopédie, au mot Grand'chambre.
Vers l'époque de saint Louis , le vestibule du Palais avait été employé (1 ) pour tenir la justice des plaids de la porte .
(1) Dans l'ordonnance que Philippe de Valois rendit contre les usuriers, le 21 janvier 4 330 (Ord. T. II, p. 59-60), il dit:
« Laquelle ordonnance faite et publiée en nostre palais à Paris, là où » toutes manières de gens et de toutes les parties du monde, viennent, les » uns pour apprendre et demander droit, les autres pour veoir Testât » de gouverner justice, dont plusieurs diverses parties du royaume ne » demeurent guaires sans se traine devant nostre conseil, etc. »
Par un écrit de janvier 1358 (Ord. T. 111, p. 310), le roi Jean II confirme au concierge du palais (alors nostre ami et féal escuyer Philippe de Savoysi), tous les privilèges et franchises dont lui et ses prédécesseurs jouissaient ou avaient joui. L'art. 1 er lui donne moyenne et basse justice audit palais et dedans le pourpriz et appartement d'iccluy palais. Lui ou son lieutenant devait [art. -2) juger, sans distinction de rang des coupables, tous les crimes et délits commis en dedans de l'enceinte et des dépendances du palais. Il avait aussi [ib. art.j l'inspection sur toutes les boutiques établies dans le palais et dans les galeries du palais, et il connaissait de tous les contrats, ventes, etc., conclus dans le palais et dans la circonscription. Nul autre que lui ne pouvait là dessus juger ou exercer une compétence temporelle, excepté les gens des comptes de monseigneur et lesnostres (de Charles Y, fils du rot* régent et du duc de Normandie), de Parlement et des requestesdu palais, ou aucuns commissaires députez de par eux ou aucun d'eux, et aussi exceptés les maistres de Vhostel de mondit seigneur et les nostres, tant que mondit seigneur et nous seront audit palais. Ainsi, il parait que le roi demeurait alors quelquefois dans le palais de justice. L'écrit même est daté cependant du Louvre. (Fait et donné au Louvre lés Paris). Il y a là dessus, après l'art. 10 i « Nous considérons ledit palais » royal estre et avoir été le principal hostel de nostre très cher seigneur » et père et des roys de France ses prédécesseurs et les nostres, etc. » La place de concierge du palais subsista jusqu'à la révolution; il était nommé bailli du palais^ sa compétence s'étendait aussi seulement à la circonscription du palais de justice (V. Y Encyclopédie, art. Concierge du palais.)
Louis X, nommé le Hutlin, fils de Philippe le Bel (1314- 131 6), l'abandonna complètement à cet usage, auquel il sert encore . Il a une très-vaste antichambre nommée aussi la grand'salle ; elle servait autrefois aux grandes solennités, lorsque les rois y demeuraient. C'est la que les envoyés étrangers étaient reçus et que l'on fêtait les noces des enfants de France. Actuellement les avocats ont l'habitude de se promener dans cette Salle des Pas- Perdus et de consulter entre eux ou avec les parties.
De cette grande salle on arrive dans la grand'chambre bâtie par saint Louis. Elle a reçu de Louis XII la forme el son aspect actuel ; saint Louis y donna des audiences publiques. La salle où, plus tard, la section criminelle du Parlement tint ses séances (la Tournelle) , était la chambre à coucher de saint Louis, où il coucha le jour de son mariage. Par un terrible revirement du destin , la grand'chambre d'où les oracles de la sagesse judiciaire se répandaient par la France, devait, plus tard, servir de salle d'audience au tribunal révolutionnaire. — Elle est maintenant rendue h son ancienne destination, car elle est employée aux séances de la cour de cassation.
Par le décret de l'assemblée constituante du 13 mars 1791, ia grand'chambre du Parlement fut cédée à la cour de cassation, qui y fut installée le 20 avril de la môme année (Desenne, T. III, p. 126). Plus tard, le tri- • bunal révolutionnaire y tint ses séances ; mais le dé- . cret du 6 messidor an m la rendit à la cour de cassation.
Au-dessus de la grand'chambre se trouvent les archives où sont conservés les chartes et les registres.
Sous les voûtes du palais de justice sont les prisons de la conciergerie, où sont gardés les accusés de crimes dont le procès « est en instruction (1). » La reine Marie- Antoinette fut détenue dans cette prison, d'où elle ne sortit que (le 16 octobre 1793) pour monter surTéchafaud. Après le retour de la famille des Bourbons, la chambre de cette reine a été convertie en chapelle expiatoire.
(1) Dans l'écrit de Jean II, qui a été cité ci-devant, on trouve à l'art. 2 : « Et a et doit ( le concierge du palais) avoir prisons et ceps » audit palais, pour y mettre et tenir les malfaiteurs qui se meffont ès » lieux dessus dits, etc. »
Quand le roi se rendait au palais de justice, on remettait à ses officiers les clefs de la conciergerie, les postes étaient relevés par les troupes royales.