PRÉFACE
En présentant au public cette seconde édition, je dois tout d'abord remercier les savants de la France et de l'étranger, pour la bienveillance avec laquelle ils ont accueilli mon travail sur le Parlement de Paris. Des critiques m'ont été adressées ; elles signalaient des imperfections, des lacunes,
— inséparables de toute œuvre humaine ; je les ai précieusement recueillies pour en faire mon profit. Le livre n'a pas été réimprimé, mais refondu, et, aujourd'hui, il s'est complété de chapitres conceniant la vie politique des Parlements sous la Ligue et sous la Fronde, — de notes sur leur per^ sowielj — de renseignements inédits sur les gages et épiées^
— sur les avocats et les règles de leur profession^ aussi ancienne que la justice, — sur les bâtonniers de l'Ordre à Paris, depuis 1810 jusqu'en 1860.
L'étude de notre ancienne oi^anisation judiciaire m'a conduit à écrire la monographie du Parlement de Paris, cette grande institution qui a précédé, engendré et dirigé toutes les autres. — A chaque pas, on se trouve en présence d'événements et de personnages dont l'intérêt et la grandeur attirent. Aujourd'hui encore, le souvenir de cette glorieuse compagnie rayonne, — malgré ses fautes, — sur celles qui lui ont succédé. — Nos lois, nos formules judiciaires n'ont-elles pas,
— comme le dit si bien Gravina, le savant académicien des Arcades, leur explication dans l'histoire, leurs racines dans le passé (1) î La voix du présent n'est-elle pas souvent l'écho
(I) Occasiones legam> tempora et causse qas maxime aperimit sententiam earmu, omnia eruontur ex historiis (GraTina, Originum juris eitiliêy lib. 3).
Vm PRÉFACE.
des siècles écoulés? L'histoire donc ne doit pas être seulement un spectacle, mais une leçon, et notre œuvre ne sera pas stérile si, en instruisant le lecteur, elle lui ofire des pages qui l'intéressent et le fassent penser.
Pour atteindre ce but, nous avons toujours invoqué les témoignages contemporains des faits, dans leur expression naïve et colorée, — -• cédant volontiers la. parole aux citations.
— Nous n'avions, d'ailleurs, ni le temps, ni l'autorité nécessaires pour suivre, à travers les âges, la vie politique des Parlements, intimement confondue avec les pages splendides ou sombres de notre nationalité, nous en avons seulement indiqué les principales époques. Il nous a paru bon de pénétrer surtout le sens des anciennes formes judiciaires, dont beaucoup survivent, et d'en indiquer la raison, le fonctionnement.
Les Parlements furent une institution toute française qui,
— sortie en un jour des besoins de la royauté, s'établit peu à peu^ s'enracina, se popularisa jusqu'au iviu"" siècle, où eUe s'énerva, avec tout le reste, pour succomber sous ses fautes et s'abîmer, enfin, dans le naufrage universel (1).
Elle était vivace, pourtant, cette institution ; un jour, un roi de France, ayant besoin d'argent, trouva simple de mettre en vente... quoi? la puissance publique. Elle fut achetée ; elle devint la propriété des acheteurs (2). Qui l'eât cru ; de cet opprobre de la vénalité des offices sortit une magistrature admirable, longtemps la splendeur et souvent la force des derniers jours de la monarchie* — * Si nosParle-* ments eurent lem^s heures de défaillance, ils eurent aussi leurs moments de lutte et de gloire ; ils montrèrent de grands caractères, de sublimes dévouements, des hommes qui surent mourir par vertu, comme parle SaUuste (3)f Ceux qui avaient
(i) Éludes parlementaires i par M. de Carné.
(3) Discours surhase^^emkolitéj par Royei'-Coliard, 3 jma i9fÈÂi
(3) Emori per vt'rtuletn.— Salluste, in Catilind»