‹ Le Parlement de Paris, son organisation, ses premiers présidents et procureurs généraux, avec une notice sur les autres parlements de France et le tableau de MM. les premiers présidents et procureurs généraux de la Cour de Paris et les batonniers de l'ordre des avocats;Chapitre 51 sur 110 · PALAIS · texte numérisé non relu

PALAIS

La salle de la grand'chambre , construite par saint Louis, formait, avec les bâtiments de la Conciergerie, le petit palais (1). Chambre du roi, à l'origine, puis du dauphin, si Ton en croit Froissart (2), le trône y est bientôt placé. Louis IX y reçoit les ambassadeurs, donne des audiences publiques et distribue la justice à ses sujets. En 1302, le petit-fils de saint Louis rend le Parlement sédentaire; mais ne lui donne pas «tribunal ou prétoire certain. » Louis X pourvoit à ce soin et assigne au Parlement « lieu au palais, ancien séjour et demeure des rois (3). »

Ce n'est plus la modeste résidence de «M' Saint- Louis, » mais bien « un palais royal tellement bâti , qu'en édifice et singularité d'architecture, il est encore aujourd'hui censé etréputé l'une des plus belles besongnes qui soient au monde (4). » C'est à Philippe le Bel que l'on doit ces merveilles. En montant sur le trône, il « avait trouvé le royaume si opulent, qu'il fit édifier de très-somptueusement magnifiques ouvrages, le grand palais royal près de la Sainte-Chapelle et du petit palais, dit la salle Saint-Louis. Engueryand de Marigny, général des finances, conduisait l'œuvre et architecture (5). » Enguerrand fit placer sa statue audessous de celle du roi. Après la mort de ce ministre,

(1) Piganiol de Laforce, Description de Paris, T. I, p. 582. — Corrozet, Antiquités de Paris, p. 104. — Brice, Description de Paris, T. II, p. 363.

(2) Dachesne, Antiquités de Paris, p, 138.^Louis d'Orléans, Ouvertures des Parlements, p. 275.

(3) Miraulmont, p. 9. — Laroche-FIavin, p. 6. — Annales de Paris, p. 63. — Corrozet, p. 98.

(4) Antiquités de Paris, p. 135.— Louis d'Orléans, p. 274.

(5) Corrozet, p. 93 et 104.

« arrivée par sentence du juge, » cette représentation fut abattue (1).

Sous Philippe le Long, une seconde chambre devint nécessaire : elle fut créée, et prit le nom de chjambre des enquêtes. Pour la distinguer de celle-ci, l'ancienne chambre s'appelle chambre des^ plaidoiries^ — la grandevoûte {Ae la hardiesse de ses arceaux), la chambre dorée depuis que Louis XII en a fait dorer le plafond avec de For de ducats de Hollande; — enfin, la grand cham-bre (et c'est là le nom qui a prévalu) (2).

Mandement de Charles VII pour fermer et sceller les chambres et greffes du Parlement, la chambre des Chartes de la Sainte-Chapelle, parce que la ville de Paris est mise et réduite en l'obéissance du roy, après avoir longtemps esté es mains des Anglois, 15 mai 1436, à Bourges (Ord., T. XIII, p. 218). Lagrand'chambre est « lambrissée de culs-de-lampes dorés et « vermillonnés avec un artifice singulier. Le plafond, « de bois de chêne, est tout entrelacé d'ogives qui ne « sont ni ovales, ni de plein cintre; mais qui tiennent « des unes et des autres et se terminent en culs-de- « lampe. Ce ne sont que placages; le plus gros des t< ais ne porte pas plus d'un pouce et demi ; le plus « fort des pendentifs n'en a pas quatre, et toutefois « les culs-de-lampe avancent de plus d'un pied en ce saillie. Le tout ensemble est jonché de bas-reliefs, « fort délica4;ement répandus avec tant d'art, qu'ils

(i) Corrozel, p. 98.

(2) Miraulmont, p. 17.— Laroche-Flavin, p. 23.— Duchesne, Ânli-quiiéê de Paris, p. i40. ^Encyclopédie, aux mois Parlement et Cham-^ bre (force.— Merlin, Répertoire, aux mots Grand' chambre et Chambre du plaidoyer.

266 PAij^is :

« couvrent Im joints des ais et du placage, si bien \

« qu'il semble que chaque ogive soit taillée dans un

« seul ais (l),» Le barreau, non moins remarqué, est,

« ainsi que les lanternes, chargé de petites figures qui

(( représentent les habits, tant des présidents et con-

« seillers que ceux des avocats et procureurs des siè-

« clés passés; ce que les curieux considèrent particu-

« lièrement, parce que ces vêtements ne ressemblent

« aucunement à ceux d'aujourd'hui (2). »

« On pénètre sous ces voûtes par une salle qui passe « pour Tune des plus grandes et des plus superbes du « monde. Elle est pavée de marbre blanc et non lam- « brissée et voultée de bois, accompagnée dans le mi- « lieu de piliers de même, tout rehaussés d'or et d'ace zur, et remplie de statues de nos rois représentés, « de sorte que, pour les distinguer, ceux qui avaient « été malheureux ou fainéants avaient les mains bas- « ses ; les braves et les conquérants avaient les mains « hautes (3). » La porte d'entrée était surmontée d'un lion sculpté à genoux, la tête basse, dans la plus humble attitude (4).

C'est dans l'enceinte de la grand'chambre que le souverain a eu et garde son trône (5), que se développent les pompes souvent retracées des lits de justice (6), que sont prononcées les mercuriales, célébrées

(i) Laroch^Flavin, p. 300. — Sauvai, T. II, p. 3 et 4. — Corrozet, p. llS.^Lemaire, Pam ancien,!, II, p. 33.^1>uehe8ue, p.139eti40. (3) Locis citati8,

(3) Sauvai, T. U, p. 3 et 4.

(4) I4em.

(5) Laroche-Flavin, p. 283.— Duchesne, p. 137.

(6) LarochiHFlavio, p. 384. — Merlio, Bépifftoire, au mot Idi de jusiice.

DU PAULEMENT. 267

les ouvertures et les rentrées du Parlement (1). C'est à la porte de la grand'chambre qu'on publie, après leur enregistrement, les ordonnances ou édits royaux (2).

Vers l'époque de saint Louis, le vestibule dfu Palais avait été employé (3) pour tenir la justice des plaids de la porte. Louis X, nommé le Hutin, fils de Philippe le Bel (1314-1316), l'abandonna complètement à cet .usage, auquel il sert encore. II a une très-vaste antichambre nommée aussi la grand'salle; elle servait au-

(3) Laroche^-Flavin, p. S83 et suiT., 319 et 641.

(2) Encyclopédie, au mot Grand'ckambreé

(3) Dans rordonnance que Philippe de Valois rendit contre les usuriers, le 21 janvier 1330 (Ord., T. H, p. 59-60), il dit:

« Laquelle ordonnance, feicteet publiée en nostre palais à Paris, là où « toutes mlmières de gens et de toutes les parties du monde viennent, « les uns pour apprendre et demander droit, les autres pour veoir l'es- • tat de gouverner justice, dont plusieurs diverses parties du royaume « ne demeurent guaires, sans se traisner devant nostre conseil, etc. »

Par m écrit de janvier 1358 (Ord., T. m, p. 310), le roi Jean II confirme au concierge du Palais (alors nostre ami et féal escuyer Philippe de Savoysi), tous les privilèges et franchises dont lui et ses prédécesseurs jouissaient ou avaient joui. L'art. 1" lui donne moyenne et basse justice audit palais et dedans le pourpriz et appartement d'iceluy palais. Lui ou son lieutenant devait (art. ^) juger^ sans distinction de rang des coupables, tous les crimes et délits commis en dedans de l'enceinte et des dépendances du palais. II avait aussi (ib, art.) l'inspection sur toutes les Jboutiques établies dans le palais et dans les galeries du palais, et il connaissait de tous les contrats, ventes, etc., conclus dans le palais et dans la circonscription. Nul autre que lui ne pouvait là-dessus juger ou exerce «nt oompêieiote temporelle, excepté les gem Je* comptée de momeigneur et le$no$tre$ {de CharUi F» /lis du roi régent et du duc de Norfmmiie), de Parlement et deê refueetes du paUtiSy ou aucuns commissaires députez de par eux ou amcuns d'eux, et aussi exceptés les maistree de l'hostel de m(mdit sei^eur et les nostres, tant que mondit seigneur et noué serons audit palais. Ainsi, il parah que le roi demeurait alors quelquefois dans le Palais de justice. L'écrit môme est eepen-

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