‹ Le parlement et la Fronde. La vie de Mathieu Molé. Notices sur Édouard Molé ... et M. le comte MoléChapitre 12 sur 13 · CHAPITRE XVII. ^ HKIYni IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. ^ HKIYni IV

Tu Ven vas répétant, fblle de ton effroi :

« 6ais-je ce que je fus, me 9ouyient*il de Home,

€ Le sort m'a-t-i( laissé la mémoire de moi (i) i »

Le Pape Grégoire VJI ne tenait plus guère que dans le ch&teaa Saint-Ange, mais il y était inébranlable, regardé par les uns comme un fils du démon, un homme de péril, periculosus homo, par les autres, comme un Samuel, un prophète. Il armait ceux qui lui restaient, jusqu'aux prêtres : < Quoi, » disait-il, « tous les jours des soldats du siècle se rangent en bataille pour un prince de la terre, et nous, qui nous intitulons les prêtres de Dieu, nous ne combattrions pas pour ce Roi, le nOtre, qui a fait tant dô rois. » Et il envoyait, bien que bloqué, des agents de tous côtés, sans douter plus de sa cause qu'aux temps de sa grandeur. « Comment, > s'écriait-il, c une dignité inventée par des hommes, ignorant Dieu, ne serait point sou* mise à cette autre dignité que la sagesse du Tout-Puissant a créée en son honneur et pour la miséricorde du monde I Eh! qui donc oserait, même parmi les écoliers, douter que les prêtres ne soient au-dessus des rois? Les premiers sont les membres du Christ, les seconds sont les membres de Satan. Ceux-là se maîtrisent eux-mêmes afin de régner un jour avec le Roi du ciel; ceux-ci n'exercent leur puissance ici-bas que pour être livrés à la damnation éternelle avec le prince des ténèbres! »

Hélas! les rois et les peuples de l'Europe contemplaient avec elTroi, sans vouloir y prendre part, cette horrible

(DDans Beaugendre. Op, ^tM..Gollect., p. 1334 t

Vix scio qum fuerim, vix Roms Roma recordor Yi» sinit oecana vêl fn$minme m^i.

3d6 L*EMPIR1S ALLEMAlfD ET L*É6LISB.

Intte. Le sceaa pontiflcal était tombé on ne sait comment entre les mains de Henri qni en .faisait usage. L'Eglise elle-même semblait chancelante dans la foi à son chef. Deux fidèles partisans de Grégoire, Odon d'Ostie et Didier dn Mont-Cassin, entrent en communication avec Henri. Ils viennent même jusqu'à la ville d'ÂIbano s'aboucher avec lui. Didier refuse, il est vrai, le baiser de paix aux évoques excommuniés, mais il reçoit du prince allemand l'investiture de l'abbaye du Monl-Cassin. Délaissé dans le château Saint- Ange, le successeur du pauvre pécheur Pierre, devenu un instant maître du monde, eût succombé en héros de la théocratie, enseveli sous les ruines du château impérial dont les sombres voûtes lui servaient d'asile, ou traîné peut-être dans les cachots d'une forteresse allemande si l'aventurier normand, qu'il avait à plusieurs reprises poursuivi de ses anathèmes , n'était venu le sauver.

Que l'empereur Henri IV restât maître avec son Pape de la ville de Rome, Robert Guiscard était dangereusement menacé dans le midi de la péninsule. Celui-ci s'était donc arraché à grand regret de l'Epire, par où il voulait commencer la conquête de FOrient, pour revenir ramasser sur ses domaines une armée de six cents cavaliers et de trente mille piétons normands, grecs, et même sarrasins; et, à la tête de ces forces, il marchait sur Rome. Henri ne tenait que par la terreur une ville toujours prête à se soulever ; il ne pouvait attendre, avec des forces insuffisantes, ce nouvel ennemi; il rassembla ses partisans, leur confia la ville qu'il appelait sienne, et il n'était pas parti depuis trois jours avec Clément III « son Barrabas » par la voie Flaminienne, que Guiscard arrivait à VAqtia Marcia au pied de Tivoli, pour délivrer le Pape do château Saint^Ange.

CUAPITAB XYII. — HENRI IV. 397

Le surlendemain, ici par escalade, là par trahison, les troupes du Normand, par la porte Saint- Jean el la porte Sainl-Laureot, se précipitèrent dans les rues aux cris de : « Guiscard ! Guiscard ! » Guiscard lui-môme, au milieu des Aomains surpris, traversa le Champ-de-Mars jusqu'au château Saint-Ange, délivra Grégoire et l'emmena en vainqueur à Saint-Jean de Latran. Cependant, revenu de sa surprise, le peuple se soulève contre ces nouveaux maîtres étrangers; quelques-uns sont massacrés. Celui qui avait vu fuir un empereur d'Orient el un empereur d'Occident, avait toujours été dur. Il se faisait vieux; il pensait avoir fait une œuvre pie qui lui permettait tout, et il croyait n'avoir point de temps à perdre pour l'accomplissement des projets qu'il rêvait encore. Il ordonna, peut-être sur le conseil d'un Cinthio, ancien préfet de Rome sous Grégoire, de brûler et de saccager les quartiers révoltés. Sauvé par Guiscard, le Pape n'empêcha rien; le voulait-il? Son partisan dévoué, Bonizo, disait « que s'il arrivait aux Romains ce qui était arrivé aux Juifs sous Vespasien, ils ne méritaient pas mieux. » Les rues, autour de Latran et du Colysée, furent donc incendiées, les maisons pillées, les habitants massacrés, les femmes nobles violées, emmenées avec les enfants, les mains derrière le dos, en esclavage. Les autres vinrent la corde au cou se jeter aux pieds de Guiscard et demander la grâce du reste de la ville. De Saint-Jean-de« Latran au Vatican, ce n'était presque plus qu'une ruine (4). Guiscard se radoucit, se flt livrer des otages et reprit le chemin du midi avee le Pape qui n'était plus sûr dans

(I) Guillaume d*Apulie : Gesta Wieardi, dans Pertz, IX, 290. — Muratori, Script, ital, V, 586 et sqq, ; VII, 176, a : Incendens QC vastaiis apalatio IMerani ad casteUum SamiirAngclû

398 l'empire allemand et L^ieusMs.

Rome et ne pouYait pins contempler les raines que la colëre des événements avait faites sons ses yenx.

Grégoire ne survécat guère à la catastrophe de Rome, pour la puissance de laquelle il avait combatta et dont la cause lui avait longtemps paru unie à la sienne. Parti sons la conduite de Guiscard, avec les soldats normands, sar* rasins, les captifs et le butin, il s'arrêta quelque temps dans la riche abbaye du Mont-Cassin où il reçut rhospitalité de Didier qui avait été presque sur le point de le renier; et, de là, il accoinpi^na son protecteur et le vainqueur de Rome dans sa nouvelle capitale de Salerne. Il y apprit que son rival Clément m était revenu à Rome et que, accueilli par les habitants, il agissait encore comme un Pape. Indomptable lutteur, il renouvelait ses anathèmes contre ses ennemis. Il songeait à organiser, à l'aide des princes chrétiens, une expédition contre « le fils de Satan ». Il remettait à quatre de ses légats une lettre adressée aux princes, comme un dernier appel. « Des princes des nations et des chefs des prêtres, » disait-il, t se sont réunis à la tête d'une grande multitude contre le Christ, Fils de Dieu, et contre son apôtre PieiTe, afin d'éteindre la religion chrétienne et de propager l'hérésie; et pourquoi? parce que nous ne voulions pas nous taire sur le péril de la sainte Eglise et céder à ceux qui ne rougissent pas de la mettre en servitude. Mais vous n'ignorez pas ce qui a été dit sur la montagne à un serviteur indigne : c Pousse des cris, ne te lasse pas »; et moi, de gré ou de force, laissant là toute honte, toute affection, toute crainte, j'évangélise, je crie encore, je crie sans cesse et je vous annonce que la religion chrétienne, que la vraie foi qui fut enseignée à nos pères par le Fils de Dieu descendant du ciel, aujourd'hui transformée en «ne pratique sécuttère,

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