CHAPITRE XVII. — HENBt IV
latin, la famille des Corsi, venue, au temps de Léon IV, de nie dont ils portaient le nom, pour défendre les Papes, tenait fidèlement le Capitole ; d'autres gardaient les îles du Tibre et les ponts fortifiés. Paisqne Tor partageait la ville, il fallait que le fer décidât (1).
Heuri IV voulut d'abord jouer à Tempereur avec sa créature Guibert. Après avoir vu déposer Grégoire, « ce fils de la nuit », par une assemblée de nobles romains et et d'évéques allemands et italiens, il fit, le dimanche des Rameaux, consacrer Pape son Clément HI que ses amis disaient « né de la lumière » et que les antres appâtaient € son idole, » à Saint-Jean de Latran, par trois évéques excommuniés de Lombardie, à défaut des cardinaux d*Ostie et d'Âlbano {%). Puis, huit jours après, jour de Pâques, le nouvel intronisé s'apprêta à couronner solennellement son empereur avec sa femme Berthe, cette épouse infortunée que l'Eglise avait maintenue dans la couche d'Henri pour partager l'infortune, les luttes, les ai-mes et les succès de celui-ci. Malgré une attaque des Romains qui tuèrent, dans le corlége, quarante Henriciens, le couronnement eut lien selon les rites observés en 1046; ce Pape et cet empe< reur en bon accord, parce qu'il y avait un autre Pontife au château Saint-Ange et un anti-césar en Allemagne, ordonnèrent le monde à leur gré, nommèrent un collège de cardinaux, un collège de juges, un préfet de Rome. Mais le dernier mot n'était pas dit.
Une lutte horrible commença an milieu des ruines des anciens monuments barricadés et fortifiés, de rue en rue, d'édifices en édifices. Là où, jadis, dans l'antiquité,
(1) Beiizo. dans Pertz, IX. 669. — (2) Lettre de Henri à Thierry de Verdun, dens PerU, VIII, 185.
394 l'empire allemand et l'église*
les légions de Marius et de Sylla s'étaient entr'égorgée» an nom de la république, où les soldats othoniens et vitelliens, à la lueur du Capitule incendié, versaient leur sang h flots pour la ruine de Tempire, où le Grec Bélisaire et le Goth Totila, dans la chute du monde ancien, avaient précipité sur la tête de leurs soldats les statues des héros et des dieux anciens, les Grégoriens et les Henriciens, pendant quelques mois, se disputent sur des cadavres les vieux palais encore debout ou les églises bâties de leurs décombres; et, au nom du Pape et de l'empereur, ils font plus de ruines dans ce sacrilège combat que les catastrophes précédentes n'en avaient fait. Un matin, leSeptizonium, antique palais de Septime Sévère, défendu par Rusticus, voit ses splendides rangées de colonnes superposées, ébranlées tout à coup, renversées par les machines de siège de Henri ; un autre jour, le Gircus Maximus est entamé et laisse passer les vainqueurs. Bnfln le Gapitole fortement endommagé est pris [h). C'est le plus funeste coup porté depuis longtemps à Rome. Un poêle de la Gaule, Hildeberl de Tours, qai la vit quelque temps après, en composa la triste élégie suivante :
Dans tes malheurs nombreux, rien ne fôgale, 6 Rome I Tes temples tout croulants, les murs de tes palais Qui penchent, tes iléhris, parlent toujours à Thomme Do ta grandeur cachée au fond de tes marais. Ils racontent comment, en grands hommes féconde. En dieux de marbre et d'or, enfantés par ton art. Souveraine longtemps, tu commandas au monde, Aux peuples réunis sous ton vaste étendard. Toi seule, errante en ces lieux qu'on renomme,
(t)PaQd. Pis, p.313,