‹ Le parlement et la Fronde. La vie de Mathieu Molé. Notices sur Édouard Molé ... et M. le comte MoléChapitre 6 sur 13 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

II a été essentiellemeDt conservateur des droits de la couronDe en s'opposant à la rébellion, et des droits du peuple en résistant à la tyrannie.

Mais ce qui fait surtout Vhonneur du Parlement, c'est rinfluence qu'il exerçait sur l'esprit national. Son indépendance, son courage pour la justice, le respect qu'inspiraient les mœurs austères des magistrats, la dignité et la fermeté de leur langage, entretinrent constamment une opinion publique animée et libre, qui empêcha la France de se courber patiemment sous le joug du pouvoir absolu. C'est ainsi qu'une institution incomplète , en maintenant la liberté des esprits, peut avoir plus de puissance et d'efficacité que des institutions, en apparence et officiellement dotées de pouvoirs plus grands, mais qui se taisent et sont annulées jusqu'à l'obéissance passive de la pensée. C'est grâce au Parlement que jamais on n'a pu dire que la royauté était despotique en France. Lorsqu'elle a été acceptée comme absolue , c'est qu'en ce moment, elle gouvernait au gré du pays et qu'elle procurait l'ordre, le repos, la prospérité ou la gloire. La soumission tenait aux circonstances , et Pellisson, sortant de la Bastille» tout en écrivant le panégyrique de Louis XIV pouvait dire : — a Je sais bien que les esprits des. Français « ne sont pas nés pour la servitude* »

Les deux grands moments de l'histoire du Parlement

PRÉFACE. XIIT

sont la Ligue et la Fronde ; c'est alors surtout qu*il eut un caractère politique. Parmi les troubles et les révolutions qui mirent en question la dynastie et, cin« quante ans plus tard, le pouvoir royal, son action, sa puissance, ses qualités et ses défauts se manifestèrent, précisément, parce qu'il eut un plus grand rôle.

A ces deux époques le nom de Mole apparaît ayec éclat. Ce nom avait déjà été honoré par Guillaume Mole, qui, lorsque Charles YII et Jeanne d'Arc marchaient vers Reims, où le Roi devait être sacré, leur avait ouvert les portes de la ville de Troyes, occupée alors par les Bourguignons.

Son petit-fils, Nicolas Mole, entra comme conseiller au Parlement et mourut en 1545. Il eut un fils ', Charles - Nicolas Mole, qui lui succéda; puis il fut conseiller du Roi et surintendant général des finances.

Edouard Mole, son fils, fut conseiller au Parlement en 1567, On lira, dans le récit de sa vie, en quelles circonstances il devint procureur général. Jamais le ministère public n'eut à prendre de telles conclusions : ce fut lui qui proposa l'arrêt par lequel la loi Salique fut maintenue, et Henri lY reconnu roi de France.

La guerre civile, l'anarchie qui désolait la France; Paris livré aux désordres d'une populace furieuse et au pouvoir de princes ambitieux et rebelles, ne lais-

^ Le Père Anselme lui donne le prénom Nicolas ; les registres du Parlement rappellent Charles.

XiY PRÉFACE.

soient pas au Parlement une grande autorité; il fut décimé et opprimé ; mais il eut le courage de la résistance. En définitive, il donna force à laloi, et ce fut par droit de naissance^ et non point par droit de conquête ou de révolutiouy que Henri lY monta sur le trône. Toutefois le Parlement ne tient pas une place considérable dans rhistoire de la Ligue, et la biographie d'Edouard Mole comporte peu de détails.

Il en est tout autrement de la vie de son fils, Mathieu Mole. La raconter y c'est écrire Thistoire de la Fronde. En effet, tous les événements, toutes les variations de la Fronde se rattachent aux délibérations et aux actes du Parlement. L'autorité royale, la sédition et les cabales des partis y cherchèrent toujours un appui et une sanction légale.

Or Mathieu Mole est le véritable représentant, et, comme on dirait, dans le langage actuel, Tidéal du Parlement. Il avait le caractère, la tradition, les vertus parlementaires ;* il défendit avec la même force d'âme, et toujours dans une juste mesure, l'autorité royale ou les intérêts du peuple; il résista aux menaces d'une populace furieuse, aux intrigues des ambitieux, aux séductions de la cour. Il eut à débattre les attributions de sa compagnie, à maintenir la liberté d'opinion et de parole des magistrats* Sa grande et respectable figure s'élève au-dessus de la confusion de ce drame dont le dénoûment fut amené par la détresse et la lassitude.

Page 1